Pour toute réponse le vieux charpentier poussa un cri de désespoir, se laissa tomber sur un siège, cacha sa figure dans ses mains, et sa mit a pleurer amèrement.
Après un moment de silence, son maître lui dit:
—Allons, Wouters, consolez-vous. Il n'est probablement pas trop tard pour ramener Lina dans le bon chemin.
—Mais tout est faux, tout! s'écria le vieillard. Ceux qui répandent ces bruits sont des serpents venimeux qui crachent leur venin sur un ange. Lina est innocente et pure comme l'enfant qui vient de naître.
—Oui, je le crois; vous avez peut-être raison mais vous ne pouvez pas en être tout à fait certain. Qu'allez-vous faire maintenant?
—Je n'en sais rien, maître. Puis-je fermer la bouche aux méchantes gens?
—Oui, vous pouvez le faire et vous le ferez sans retard. Si vous ne montrez pas en cette circonstance que vous êtes resté réellement un honnête homme, je serais contraint de vous donner congé. Qui aime la honte doit la porter lui-même sans faire peser sur les épaules d'autrui une partie de ce lourd fardeau. Écoutez donc mon conseil avec calme et avec bon vouloir. Il importe peu que Lina soit coupable ou ne le soit pas; mais qu'un jeune homme de la ville, un de ces riches désœuvrés et libertin, fréquente habituellement votre maison, c'est là que gît le scandale de l'affaire, et, quoi que vous fassiez, le nom de votre petite-fille en restera, hélas! à jamais terni. Et s'il y avait quelque chose de vrai dans les bruits qui courent?
—Il ne peut y avoir rien de vrai là-dedans.
—Naturellement, telle est votre idée; mais dans de pareilles affaires il arrive que le plus vigilant soit trompé. En tout cas, votre devoir, comme grand-père et comme homme d'honneur, est de défendre votre porte à ce jeune effronté, sans hésitation et sans faiblesse, et si sévèrement qu'il perde toute velléité de revenir. Quel est votre sentiment à cet égard?
—Vous avez raison, maître. Oui, c'est là mon devoir et je l'accomplirai: mais soupçonner notre Lina? Jamais, jamais; elle est l'innocence et la pureté mêmes!