—Et n'y avez-vous rencontré personne?

—Naturellement; toute sorte de gens; à Bruxelles il y a toujours beaucoup de monde dans les rues. Mais pourquoi me demandez-vous cela, grand-père?

—N'avez-vous pas rencontré M. Herman Steenvliet, à Bruxelles?

—Non.

—Et si vous l'aviez réellement rencontré? Si vous vous étiez promenée avec lui, me l'avoueriez-vous?

—Ah! pauvre grand-père, s'écria-t-elle, si cela était, pourquoi vous en aurais-je fait mystère? M. Herman lui-même vous l'aurait dit. Est-ce là les sottes histoires que l'on raconte dans le village? Et vous vous attristez pour de semblables cancans?

—Mais, mon père, qu'est-ce que vous avez donc dans l'esprit? murmura la veuve d'un ton de reproche. Croyez-vous donc que notre Lina ne sache pas comment une honnête fille doit se conduire? Je suis bien sûre que si M. Steenvliet l'avait rencontrée, elle se serait contentée de lui dire simplement bonjour, et empressée de passer son chemin.

—M. Herman, d'ailleurs, ne m'aborderait pas au milieu de la rue, ajouta Lina, il a beaucoup trop d'esprit pour cela. Laissez donc jaser les ignorants, grand-père, ils ne savent pas ce qu'ils disent.

Jean Wouters demeura un instant silencieux. Il était pleinement convaincu de l'innocence de la jeune fille et il allait renoncer à toute question ultérieure; cependant, obéissant à ce qu'il croyait être de son devoir, il demanda encore:

—Lina, vous n'avez jamais, n'est-ce pas, porté d'autres vêtements que ceux que nous connaissons, votre mère et moi? Jamais un autre bijou que les boucles d'oreilles, de votre grand'mère défunte, n'a brillé à vos oreilles?