—A présent, père Wouters, c'est décidé. Après aujourd'hui, je ne ferai plus aucun effort pour vous revoir, ni votre femme, ni Lina… Ah! si vous saviez, père Wouters, comme cette séparation irrévocable me déchire le cœur!

Jean Wouters était ému.

—Allons, mon jeune ami, dit-il d'un ton consolant, ne perdez pas courage. Nous avons été tous également imprudents. Peut-être, lorsque vous ne viendrez plus chez nous, les gens reconnaîtront-ils leur erreur. Mais si même notre bonne réputation devait en rester atteinte, comme cela est à craindre, eh bien, nous le supporterons sans vous accuser pour cela.

—Oui, vous êtes assez généreux pour me pardonner ma faiblesse, dit Herman d'un ton amer, mais je ne me la pardonne pas moi-même; je ne me pardonne pas d'avoir, par lâche égoïsme, exposé votre bonne Lina à la calomnie des mauvaises langues. Je le regretterai toute ma vie. Hélas, l'innocente compagne de jeux de mon enfance, elle dont la douce amitié m'a tiré de l'abîme de l'abjection et du désespoir, je l'ai jetée en pâture à la malignité publique; je suis cause que son nom est souillé du venin de la calomnie, et restera peut-être souillé. Dieu, qui lit dans mon cœur, sait bien que je donnerais tout au monde pour racheter le mal que je lui ai fait… mais je ne le puis pas!… Pourquoi ne suis-je pas un pauvre ouvrier comme vous? Pourquoi cet argent maudit se trouve-t-il entre nous, si ce n'est pour m'empêcher de vous faire triompher de la calomnie en vous élevant au-dessus d'elle? Ah! ciel, je suis fou de colère et de chagrin. Ma tête tourne… Je ne sais plus ce que je dis!

Herman s'était levé et avait pris la main du vieillard.

—Maintenant, père Wouters, adieu! murmura-t-il les larmes aux yeux.
Je m'en vais: vous ne me reverrez plus.

—Monsieur Herman, nous nous comprenons bien, n'est-ce pas, plus jamais?

—Non, plus jamais… Je vais me marier avec une demoiselle de la haute noblesse. Priez Dieu pour moi, père Wouters, afin que, dans ce brillant mariage, il me fasse retrouver quelques miettes du bonheur, de la paix de l'âme que me fait perdre cette douloureuse séparation.

Il se dirigea vers la porte d'un pas ferme et résolu; mais là il s'arrêta et regarda le charpentier d'un air suppliant, comme pour lui demander quelque chose.

—Soyez généreux, répondit le vieillard à cette prière muette; épargnez-leur cette triste émotion.