Ces douloureuses pensées tourbillonnaient dans son esprit et lui faisaient saigner le cœur.

Lorsqu'il arriva enfin chez lui, il était tout à fait abattu et découragé. Il monta à sa chambre, se laissa tomber dans un fauteuil et resta là, le regard fixe, perdu dans le vide, luttant contre l'obsession de l'image de Lina qu'il voyait constamment devant lui, tantôt les yeux pleins de larmes, tantôt souriant du plus doux sourire.

Pour échapper à cette vision, il sortit de nouveau et alla se promener très loin sur la route de Tervueren; mais rien n'adoucit sa douleur, et plus cette lutte contre les arrêts du sort se prolongeait, plus profondément s'enracinait en lui la conviction que rien au monde n'était assez puissant pour affaiblir dans son cœur la sentiment qui l'enchaînait à Lina Wouters.

Durant trois jours, il resta en proie aux luttes intérieures les plus pénibles sans parvenir à déterminer clairement ce qui lui restait à faire. Mais le quatrième jour, après de longues heures passées dans sa chambre à réfléchir et à méditer, il se leva tout à coup, l'œil brillant d'une ferme résolution:

—C'est décidé: attendre plus longtemps ne servirait de rien, Que mon sort s'accomplisse! Mon pauvre père croira que je l'attriste sans hésitation et sans pitié. Ah! s'il pouvait lire dans mon cœur! Ce qu'il désire voir se réaliser lui est inspiré par son affection pour moi, je le sais bien. Mais il se trompe. Je ne peux pas consentir à être pendant toute ma vie la victime d'une erreur de sa tendresse… et, lors même que je le voudrais, je demeurerais impuissant contre une chose qui est plus forte que ma volonté… L'argent est le tyran qui me condamne à l'avenir le plus amer; eh bien, je veux, en ce qui me concerne, briser ce sceptre infernal; je serai pauvre, peut-être, et obligé de gagner mon pain en travaillant; mais libre, du moins, et maître de mon cœur et de mes actions.

En prononçant ces paroles à voix haute, il descendit rapidement et entra sans frapper dans le cabinet de son père.

—Ah! ah! on vous voit donc à la fin! lui dit joyeusement M. Steenvliet. Que diable, mon fils, où donc êtes-vous toute la journée? Je vous ai à peine entrevu deux ou trois fois depuis le commencement de la semaine.

—Mon père, j'ai à vous parler d'une affaire importante, répondit le jeune homme. Je vous en prie, ayez la bonté de m'écouter avec calme.

—Quelle mine sérieuse vous avez, Herman! Vous piquez ma curiosité.
Il ne s'agit pas de votre prochain mariage?

—Si, mon père.