—Oui, alors nous serons délivrés de sa déshonorable présence, ajouta Finie.
Lina avait le cœur brisé. Elle s'approcha du comptoir d'un air craintif et demanda timidement ce dont elle avait besoin, en regardant l'épicière dans les yeux tristement et avec une supplication muette, comme pour implorer sa pitié.
La boutiquière haussa les épaules et se mit à peser sans rien dire le café demandé.
Pendant ce temps, on entendait dans la rue un bruit de voix qui se rapprochait insensiblement, et qui, redoublant de force, semblait s'arrêter devant la boutique.
Lina n'avait plus le cœur de regarder vers la porte. Au frémissement de ses membres, aux grosses larmes qui brillaient dans ses yeux, on voyait qu'elle comprenait ce que signifiait ce rassemblement des villageois devant la boutique de l'épicière.
En effet, dès qu'Isabelle et Léocadie eurent annoncé à leur père la présence de Lina Wouters dans le village, celui-ci s'était rendu auprès de son valet d'écurie, un lourd et méchant imbécile, et l'avait envoyé sur la Grand'Place pour exciter les gens contre la jeune fille. Pauw le tortu s'était immédiatement acquitté de cette commission, et il se tenait maintenant au milieu d'une trentaine de jeunes garçons, de femmes, et d'hommes âgés, devant la porte de la boutique.
D'abord on n'entendait pas distinctement ce qui se disait dans les rangs de cette foule malveillante; la plupart des assistants n'étaient venus là que par curiosité, et les autres n'étaient pas encore assez montés pour se répandre en injures et en paroles grossières.
Mais le valet d'écurie de l'Aigle d'or éleva la voix, et cria tout haut de manière à être entendu jusqu'au fond de la boutique:
—Jetez cette sale coureuse à la porte! Ahou! Ahou!
Et il ajouta un chapelet de paroles si grossières, qu'en tout autres circonstances elles eussent fait rougir de honte les auditeurs.