—Pour un pays étranger? Herman? O mon Dieu! s'écria la jeune fille dont les yeux se mouillèrent de larmes. Lui, s'en aller courir loin de sa patrie, loin de son père? Maintenant je comprends votre chagrin, Monsieur, il est votre unique enfant. Pour moi il n'est qu'un ancien compagnon de jeux, un ami, et cependant mon cœur se brise d'angoisse et de pitié.

—Oui, oui, je le vois bien, dit l'entrepreneur avec inquiétude, un ami et probablement aussi quelque chose de plus. Il est nécessaire que je voie clair là-dedans. Je vais savoir, Caroline, si vous êtes réellement sincère et si vous ne reculez pas devant un aveu bien franc… Mon fils vous aime. Vous le savez, n'est-il pas vrai?

Pendant un instant la jeune fille le regarda avec stupeur, comme si elle ne l'avait pas bien compris; mais sans doute un rayon de lumière descendit tout à coup dans son esprit, car une vive rougeur s'épanouit sur son visage.

—Eh bien, vous ne répondez rien? C'est donc vrai? Ce n'est probablement pas votre faute, Caroline; mais du moins vous étiez maîtresse de votre propre cœur. L'aimez-vous?

—Ah! Monsieur, que pensez-vous de moi, répondit la jeune fille en balbutiant et sans lever les yeux. M. Herman ne m'a jamais parlé de pareilles choses.

—Soit, mais je répète ma réponse, l'aimez-vous?

—L'aimer? Qu'est-ce que c'est qu'aimer, Monsieur? dit-elle en soupirant. Être capable de se dévouer pour quelqu'un, sacrifier pour lui sa bonne réputation et le repos de sa vie, et n'espérer rien, ne souhaiter aucune autre récompense que le plaisir de le rendre heureux, est-ce là aimer?

—Cela y ressemble fort, du moins: c'est peut-être plus noble et plus beau.

—Eh bien, oui, Monsieur, c'est ainsi que j'aime celui qui m'a sauvée d'une mort certaine… mais non pas comme le racontent méchamment les gens du village, non pas comme vous, son père, semblez le croire également. Non, pas ainsi.

En achevant ces mots, elle avait relevé la tête et regardait M.
Steenvliet sans aucune crainte.