Il y eut un moment de silence.

—Je vous remercie, ma bonne Caroline, dit l'entrepreneur. Vous êtes une fille intelligente. Beaucoup de dames du grand monde n'ont pas le cœur si haut placé que vous. Je suis millionnaire; Herman est mon unique héritier, il doit se marier avec une personne de sa condition. Vous n'avez d'ailleurs jamais eu l'idée, n'est-ce pas, que vous pourriez devenir sa femme?

—Ah! Monsieur, ne me traitez pas si durement! s'écria Lina d'un ton suppliant. Nous sommes des ouvriers, de pauvres gens qui doivent gagner leur quotidien à la sueur de leur front. Croyez-vous que nous soyons capables de l'oublier? Les idées dont vous parlez seraient insensées et ridicules.

—Par conséquent, vous ne souhaitez pas que le mariage d'Herman avec
Clémence d'Overburg soit rompu?

—Pas le moins du monde.

—Et si Herman revenait ici, vous sentiriez-vous assez forte pour lui conseiller ce mariage?

—Certes, Monsieur.

—Et même pour user de toute votre influence sur lui afin de l'y décider, et même, au besoin, de l'y contraindre?

—Ce mariage le rendra heureux ainsi que vous, je n'en doute pas, et cela me suffit. Oui, Monsieur, je le sens, j'ai assez d'empire sur son esprit pour le convaincre qu'il ne peut pas résister à votre vœu paternel; mais il ne reviendra plus jamais ici.

—J'ai les plus sérieuses raisons de croire le contraire. Eh bien, promettez-moi que vous le ramènerez à des idées meilleures, et, une fois mon fils marié, je ne vous oublierai pas, et je vous récompenserai largement, vous et vos parents, de votre généreux sacrifice.