Et, sans s'arrêter davantage aux plaintes désespérées de la jeune fille, il sortit de l'appartement.
Clémence, pâle comme une morte d'inquiétude et d'effroi, sa laissa tomber sur une chaise. Elle pleurait à chaudes larmes, et frémissait à l'idée qu'en déclarant la vérité, elle ne fût la cause de plus grands malheurs. Non seulement le marquis allait accabler son père de cruels reproches, mais il le déshériterait probablement. Et ainsi toute espérance leur était enlevée, même dans l'avenir!
Mais, parmi les réflexions qui traversaient son esprit troublé avec la rapidité de l'éclair, il y en avait une moins pénible et moins inquiétante.
Son parrain avait dit: Vous ne serez pas la femme de ce bourgeois. Quelle était donc son intention? Aurait-il le projet magnanime de payer la dette de M. d'Overburg envers l'entrepreneur, et de le libérer ainsi de la contrainte qui pesait sur lui? C'était peu probable, mais qui pouvait le savoir?… et d'ailleurs, en supposant qu'il n'en fût rien et que son père fût déshérité, ne lui restait-il pas la ressource d'accepter la main d'Herman Steenvliet, et d'ouvrir à ses parents une nouvelle source de prospérité?
Son attention fut attirée par un bruit de voix qui parvenait indistinctement à son oreille, à travers le mur mitoyen de la salle voisine. Ce bruit devint insensiblement plus fort, et bientôt elle distingua les voix de son père et du marquis, sans comprendre cependant ce qu'ils disaient. On discutait, on disputait même violemment; la voix de son parrain éclatait parfois en sons aigus qui trahissaient la colère et l'amertume.
Clémence s'était levée et écoutait toute tremblante. Combien elle regrettait maintenant son imprudence! Elle implorait à mains jointes la protection de Dieu pour son malheureux père.
Mais elle entendit tout à coup la porte du salon s'ouvrir avec violence, et sa mère pousser un cri déchirant de détresse. Elle sortit rapidement de la pièce où elle se tenait, et vit le marquis paraître au fond du couloir.
—Non, s'écriait-il, en se retournant encore du côté du salon, non, je ne vous connais plus. Vendez votre enfant, bourreaux que vous êtes; moi je retourne à Monaco, et je veux y finir mes jours. Et, quant à mon héritage, vous n'en aurez pas un sou. Adieu!
Et il dirigea ses pas avec une hâte fiévreuse vers la porte de sortie.
La jeune fille, pleurant et gémissant, courut après lui, le rejoignit dans la cour d'honneur, lui jeta les bras autour du cou, et essaya de le ramener au château par ses pleurs, par ses supplications, par la violence même.