—Et vous vous mariez?
—Et je me marie.
—Vous n'êtes pas sincère avec moi, dit l'entrepreneur avec ironie. Pensez-vous que je ne sache pas quelles folles idées vous trottent par la tête? Oui, vous reviendrez aussitôt que vous le pourrez, et alors vous voudrez vous marier. Avec qui!… Parlez donc. Vous vous taisez? Vous n'osez pas confier à votre père le nom de cette étrange fiancée. Vous avez peur qu'il ne se moque de vous. Ne serait-ce pas la fille d'un simple ouvrier charpentier, votre ancienne compagne de jeux, qui vous a ainsi tourné l'esprit? Il est inutile de chercher à me le cacher, Herman, je sais tout. Ah! ce serait donc là le résultat, la récompense de ma paisible et laborieuse existence, de voir mon fils épouser la fille de pauvres ouvriers, une fille dont les doux yeux et le sourire séduisent.
—Ah! je vous en supplie, mon père, s'écria le jeune homme en lui tendant les mains, ne dites pas de mal d'elle en ma présence! Elle est bonne; son cœur est noble et pur comme celui d'un ange…
—Je ne dirai pas de mal d'elle, mon fils, au contraire, je le reconnais volontiers, elle est aimable, intelligente, et elle a un grand cœur.
—Ciel, vous l'avez donc vue, mon père?
—Je l'ai vue et je lui ai parlé.
—Est-il possible? Eh bien?
—Ah! mon fils, si Caroline Wouters était seulement la fille d'un bon bourgeois, peut-être je comprendrais que vous désiriez la prendre pour femme; mais ayez du moins un peu de bon sens, mon garçon. N'est-il pas absolument impossible que le fils unique d'un millionnaire épouse une fille qui habite une chaumière et qui n'a pour vivre que le salaire quotidien d'un charpentier? Le monde entier se rirait de moi.
—Les moqueries du monde ne durent pas longtemps, mon père, répondit le jeune homme d'un ton pénétré, mais un mariage sans amour est une chaîne, un fardeau, un malheur, qui durent jusqu'au tombeau. Que m'importe le monde si je dois acheter son approbation au prix du bonheur de toute ma vie et du bonheur de mon père lui-même.