—Allons, mon pauvre monsieur Steenvliet, soyez raisonnable, répondit le vieux gentilhomme avec une expression de pitié qui perça le cœur de son interlocuteur comme un coup de poignard. De pareilles mésalliances sont toujours malheureuses, aussi bien pour ceux qui s'élèvent que pour ceux qui s'abaissent. Vous le reconnaîtrez plus tard, et vous m'en saurez gré, car je n'aurai pas seulement préservé Clémence d'une existence douloureuse, mais en même temps je vous aurai rendu, à votre fils et à vous, un inappréciable service… Et maintenant, Monsieur, adieu, et sans rancune.

Et M. de la Chesnaie sortit du salon.

L'entrepreneur était tellement écrasé de dépit, de honte et de chagrin, qu'il ne songea pas à sonner pour faire reconduire le marquis.

Il s'affaissa sur une chaise, les mains dans les cheveux, grommelant, tremblant, crispant les poings, riant convulsivement comme un homme qui lutte contre une effrayante catastrophe, mais qui n'a pas encore perdu tout espoir.

Tout à coup il se leva, poussa un cri de triomphe, tira violemment le cordon de la sonnette, et murmura d'une voix étranglée et stridente:

—Oui, ce sera ma vengeance.

Un valet accourut immédiatement. M. Steenvliet lui dit:

—Qu'on tire le grand landau de la remise, et qu'on y attelle les grands trotteurs. Vite, vite, Jacques; il faut que tout soit prêt dans cinq minutes.

Le domestique sortit pour aller exécuter les ordres de son maître.

M. Steenvliet se mit à arpenter le salon en long et en large, en proie à la plus vive agitation; il se parlait à lui-même, frappait du pied le plancher, riait fiévreusement et battait l'air de ses poings fermés.