—Il y a bien quelque chose de vrai dans vos paroles, Lina, mais vous exagérez.
—Ah! mère, comment pouvez-vous dire cela? Supposez donc que vous ayez résolu, grand-père et vous, de me faire épouser quelqu'un, un bon et brave jeune homme, et que je m'enfuie loin d'ici; ne vous plaindriez-vous pas au ciel de mon ingratitude et de ma cruauté? Et moi, comme punition, ne mourrais-je pas de chagrin et de regret?
—Oui, certes, mon enfant, mais ce n'est pas la même chose. Et, en tout cas, que pouvons-nous y faire?
—Ah! je pourrais bien y faire quelque chose, mère, si je pouvais causer encore une fois avec M. Herman.
—Cela est complètement impossible. Dieu sait s'il n'est pas déjà à plus de cent lieues d'ici?
—Son père m'a dit pourtant qu'il reviendrait bientôt.
—Ce n'était qu'une supposition, et d'ailleurs, innocente rêveuse que vous êtes, oubliez-vous donc que grand-père nous a défendu, très strictement défendu, de parler encore avec Herman? Et ne devez-vous pas, s'il reparaissait ici, fuir immédiatement sa présence? La calomnie veille et nous épie, mon enfant.
—Que m'importe la calomnie, ma mère?
—Soit! mais le chagrin, la colère de grand-père?
—Cela est pis, en effet! soupira Lina découragée. Allons, mère, ne parlons plus de ces tristes choses, il a cessé de pleuvoir, je vais reprendre mon travail dans le potager.