—Ça m'est égal! s'écria-t-il fiévreusement. Je pars demain pour l'Amérique.
—Pour l'Amérique! Est-il possible? A l'autre bout du monde?
—Mais je ne partirai pas sans avoir vu Lina et sans lui avoir parlé.
Ce que j'ai à lui dire doit décider de mon sort et de ma vie.
Allons, mère Wouters, pour la dernière fois peut-être, soyez bonne
pour moi, rappelez Lina du jardin.
—Je n'ose pas, répondit la veuve en soupirant.
Mais la porte de la cour s'ouvrit et Lina rentra. Un gai sourire illuminait son visage.
—Bonjour, monsieur Steenvliet, je vous attendais, dit-elle.
—Vous m'attendiez? Ah! merci, Lina! s'écria-t-il. Le doute, le désespoir me déchiraient le cœur. Votre seule voix me rend le courage. Veuillez m'écouter et vous aussi, mère Wouters.
—Nous ne pouvons pas, répliqua la vieille avec angoisse. Il faut partir, Monsieur… Lina, songez à grand-père, montez à votre chambre.
—Non, ma mère, laissez parler M. Herman. Il vient nous annoncer qu'il ne quitte point sa patrie et qu'il accepte la main de mademoiselle Clémence.
—Erreur, folie! grommela le jeune homme avec un sourire convulsif.
Moi, le mari de Clémence? Jamais, jamais! j'aimerais mieux mourir!