—Non, en effet; mais je puis vous en donner une. J'évalue au moins deux cent mille francs l'excédent de la valeur de mes biens sur l'hypothèque dont ils sont grevés. Prenez là-dessus une hypothèque de second rang. Quant aux cinquante mille francs restants, pour ceux-là je ne peux pas vous donner de garantie; mais réfléchissez que je dois hériter de différents côtés, entre autres de mon oncle maternel, le marquis de la Chesnaie, qui a plus de soixante-dix ans et qui est tellement malade que depuis six mois il séjourne à Monaco, sur les bords de la Méditerranée, où il espère rétablir sa santé chancelante. Il possède au moins deux millions.

—Eh bien, voilà le moyen, interrompit l'entrepreneur avec joie.
Écrivez à votre oncle, il vous sauvera.

—Oh! non; il est, par malheur, comme beaucoup de vieilles gens, extrêmement avare. Je n'obtiendrais pas seulement mille francs de lui. Vous voyez, monsieur Steenvliet, vous ne risquez rien, ce n'est qu'une affaire de temps. Allons, soyez généreux, montrez votre bon cœur; ne me laissez pas partir d'ici désolé. C'est à vous que nous devrons notre bonheur. Votre conscience vous récompensera; car elle vous donnera la conviction d'avoir sauvé le nom et l'honneur d'une vieille noble famille, qui, sans votre assistance, allait déchoir et s'effondrer. C'est une belle et noble action, monsieur Steenvliet, que de maintenir debout une race que les siècles ont fondée et le temps avait jusqu'à présent respectée.

L'entrepreneur paraissait ému et son irrésolution se lisait dans ses yeux.

—Tenez, mon bon monsieur Steenvliet, s'écria le baron, je vous supplie à mains jointes et les larmes aux yeux, ayez pitié de moi et de mes pauvres enfants!

Au bout d'un moment de silence, M. Steenvliet prit la main de son visiteur et lui dit:

—Croyez-moi, monsieur d'Overburg, votre malheur me touche profondément. Je voudrais pouvoir vous aider; mais je ne puis pas ainsi prendre tout à coup un parti au sujet d'un emprunt aussi considérable, et non seulement j'ai besoin de réfléchir; mais je dois savoir encore s'il me serait possible de tirer cette grosse somme de mes affaires courantes. Revenez demain, je vous ferai connaître ma résolution.

—Puis-je espérer qu'elle me sera favorable?

—Espérer, oui, mais vous comprenez que je ne puis pas encore me lier définitivement.

—Ah! Et si dès aujourd'hui ma situation envers la banque est connue à la Bourse?