La fille du charpentier, qui était veuve, dormait probablement avec son unique enfant, une fille, dans une petite chambre sous le toit; car, hormis la laverie et l'étable, il n'y avait pas d'autre pièce dans la maison.

Cette humble demeure de travailleur devint, dans le cours de cette année 1865, le théâtre de certains événements qui valent peut-être la peine qu'on les raconte.

Un jour du commencement de mai, à la tombée de la nuit, une femme était occupée à préparer le repas du soir sur le petit poêle. Cette occupation n'exigeait pas une grande tension d'esprit; car le fricot qu'elle remuait ne consistait qu'en quelques pommes de terre avec des morceaux de lard, restes du repas précédent.

Cette femme pouvait être âgée de quarante-cinq ans. Son visage pâle et ses joues creuses lui donnaient une apparence maladive.

Des idées sérieuses devaient préoccuper son esprit; car, par moments, elle oubliait de remuer sa cuiller et secouait la tête d'un air pensif.

Pendant ce temps on entendait résonner au fond de la maison la voix fraîche d'une jeune fille qui accompagnait le grondement de sa baratte d'une chanson au rythme vif et sautillant et, quoique la vache mêlât constamment au refrain joyeux de la chanson la dissonnance de ses beuglements, la jeune fille ne se laissa pas troubler dans l'épanchement de sa gaieté.

A la fin la chanson joyeuse avait cessé de résonner dans la laverie et l'on n'y entendait plus que le bruit d'un tonneau que l'on déplaçait avec effort.

—Pour l'amour de Dieu, Lina, cesse maintenant, cria la femme. Tu as travaillé toute la journée au jardin et voilà que tu continues à trimer sans relâche dans l'obscurité.

—Tout de suite, mère, répondit la voix. Le beurre est fait, je vais m'essuyer les mains.

Un instant après la jeune fille entra dans la pièce.