L'entrepreneur prit la main de son fils:

—Herman, dit-il, écoute mes paroles avec bonne volonté et sans prévention. Tout ce que j'ai fait jusqu'à présent, je l'ai fait par amour pour toi. Mon rêve était de t'élever dans le monde, de te faire jouir dans la société des honneurs et de la considération pour lesquels je ne suis pas né et je n'ai pas été élevé moi-même, j'ai l'espoir maintenant que bientôt je pourrai atteindre ce but de tous mes efforts. Tu as vingt-quatre ans, dis-moi, n'as-tu jamais songé au mariage?

—Jamais, mon père.

—Eh bien si je t'offrais une femme aimable, spirituelle et charmante, repousserais-tu sa main?

—Je n'en sais rien.

—Mais si je te disais que ton consentement me rendrait heureux?

—A ces conditions je pourrais me soumettre à vos désirs. Un changement si radical dans ma position me guérirait peut-être de l'ennui et du dégoût de l'existence.

—Et puis réfléchis, mon fils, qu'une maîtresse de maison est nécessaire ici, une femme distinguée, bien élevée, qui sache recevoir comme il convient. Je voudrais jouir un peu de ma fortune, inviter à des dîners, à des soirées, des gens dans une belle position… Je pourrais me remarier, oui, mais je t'aime trop pour te donner une marâtre. Ta femme sera la maîtresse ici et c'est elle qui tiendra la maison. Ah! Herman, si je réussis cette fois dans mes efforts, il est probable que tu me remercieras éternellement pour un si brillant mariage… Tu connais mademoiselle d'Overburg?… Elle est charmante, elle séduit tout le monde par sa conversation spirituelle et par la grâce de ses manières.

—Quoi? c'est Clémence Overburg que vous voulez me proposer pour fiancée? s'écria Herman avec une expression de surprise mêlée de regret? Une fille de baron de vieille noblesse? Elle est aimable, spirituelle, je le reconnais; mais jolie, je ne l'ai point remarqué.

—Tu te trompes, Herman, sa figure est très bien. Et réfléchis donc quel grand et beau nom! Tu seras donc admis dans une des familles les plus nobles et les plus illustres de tout le pays.