Le train s'arrêta dans une petite station. Le baron descendit. Il devait encore marcher pendant six ou sept minutes. Après avoir suivi la grande route pendant quelques centaines de mètres, il prit un chemin de traverse qu'ombrageait une double rangée de hêtres.
Au bout de ce chemin s'élevait une large et pesante construction flanquée d'une tour des deux côtés de la façade. C'était le château patrimonial des barons d'Overburg.
Sans doute, plusieurs siècles avaient passé sur cette noble demeure; car certaines parties portaient la marque d'une haute antiquité; mais chaque époque nouvelle y avait changé quelque chose. La vieille porte seigneuriale existait encore, mais le pont-levis avait depuis longtemps disparu. Les fenêtres ogivales avaient été transformées en fenêtres carrées et les petites vitres enchâssées dans les lamelles de plomb avaient été remplacées par de grandes glaces.
Tel qu'il était actuellement, refait et déformé en partie, le château, par sa grandeur et sa hauteur, donnait une idée favorable de la richesse de ses propriétaires. Il était d'ailleurs précédé d'un magnifique jardin et entouré d'un vaste parc planté d'arbres séculaires. Personne n'eût pu supposer que, sous les riches lambris de cette demeure seigneuriale régnaient la détresse et la crainte de la ruine.
Le baron d'Overburg entra dans son château et ouvrit la porte d'une pièce du rez-de-chaussée dont les fenêtres s'ouvraient sur le parc.
Son retour inattendu surprit la baronne qui était assise auprès de la fenêtre, un ouvrage de tapisserie à la main. Elle paraissait avoir pleuré, car ses yeux étaient encore rouges. Elle se leva comme en sursaut et demanda avec une expression d'angoisse:
—Marcel, vous souriez? Dites-moi vite quelles nouvelles vous apportez.
—De très heureuses nouvelles, Laure, nous sommes sauvés!
—Sauvés? Ah! que Dieu soit béni de sa miséricorde, s'écria la vieille dame en levant les mains vers le ciel. J'ai peine à le croire, j'avais perdu tout espoir. Tranquillisez-moi, Marcel, dites-moi qui nous prête si généreusement son secours. Notre cousin, le chevalier d'Havenport?
Au lieu de lui répondre, M. d'Overburg demanda: