—Où est Clémence?

—Elle est assise sous le berceau, près de l'étang.

—Et les autres enfants?

—Je les ai éloignés. Ils sont allés passer la journée à la campagne de la douairière Van Langenhove.

—Qu'est-ce que Clémence connaît du malheur qui nous a frappés?

—Je lui ai dit seulement que nous avions perdu beaucoup d'argent. Elle en est fort affligée parce qu'elle craint que ce malheur ne soit un obstacle au mariage de son frère. Mais elle ignore absolument que nous étions complètement ruinés par la catastrophe de La Prudence.

—Tant mieux, Laure; il faut que cela reste caché pour tout le monde… Asseyons-nous. Je vous raconterai mon aventure, et j'ai d'ailleurs à vous parler d'une chose fort importante. D'abord, je me suis rendu au château de notre cousin le chevalier d'Havenport. Il m'a refusé complètement toute assistance. Ensuite j'allai rendre visite à Bruxelles à notre riche ami De la Croix. Il m'accueillit avec des conseils humiliants et repoussa ma demande d'une façon presque grossière. J'étais là, sur le pavé, désespéré et ne sachant que tenter, lorsque le ciel m'inspira tout à coup l'idée d'aller invoquer l'aide de M. Steenvliet.

—De M. Steenvliet, l'entrepreneur? demanda madame d'Overburg avec étonnement.

—Oui, de M. Steenvliet, le riche entrepreneur, qui a, deux ou trois fois déjà, passé l'après-midi ici avec son fils Herman. J'avais peu d'espoir en sa générosité, Laure, aussi peu que vous en ce moment. Et ce n'est qu'en hésitant et avec crainte que je me dirigeai vers sa demeure.

—Et il a consenti à votre demande?