—Non, je n'ai pas souvenir de cela, dit Lina on riant.
—C'est bien ainsi, j'étais là, s'écria la mère Wouters en battant joyeusement des mains. C'était une joie! Et la mère Steenvliet paraissait si heureuse!
—Ma mère était une femme d'un excellent cœur, n'est-ce pas?
—La bonté même: un cœur d'ange, Monsieur.
—Ah! J'ai gardé un doux souvenir de cette journée-là, dit
Lina. Vous rappelez-vous, Herman…—pardon, je veux dire monsieur
Steenvliet.
—Non, je vous en prie, appelez-moi simplement Herman; sans cela vous m'obligeriez à vous appeler mademoiselle.
—Eh bien, monsieur Herman, vous rappelez-vous encore quel livre vous avez reçu en prix? Non? Il avait pour titre: les Pauvres Orphelins, et l'histoire qu'il contenait était si belle et si touchante que j'en pleurais tous les soirs quand votre mère nous en faisait la lecture.
—Oui, certes, je m'en souviens, répondit le jeune homme.
—Un jour que le grand Nicolas du forgeron m'avait battue dans la prairie, et que je pleurais amèrement, vous m'avez donné ce livre pour me consoler, monsieur Herman, du consentement de votre mère, car vous n'ignoriez pas combien ce cadeau devait me faire plaisir.
Elle se leva, s'approcha de la muraille et revint avec un petit livre en s'écriant joyeusement: