—Tenez, le voici, votre cadeau. Votre nom s'y trouve inscrit par le maître d'école… Si je pense encore quelquefois à ces jours heureux? Presque tous les dimanches je relis le soir ce joli petit livre, et alors je revois en pensée toutes les personnes, grandes et petites, dont il me rappelle la tendre amitié.
—Oh! les souvenirs du cœur, quelle source de douces et pures jouissances! dit Herman en soupirant. Laissez-moi feuilleter ce cher petit livre… Ah! voilà mon nom; et vous, bonne Lina, pour ne pas l'oublier, vous avez écrit dessous, de votre propre main, que je vous en ai fait présent à Ruysbroeck, le 20 septembre 1840.
—Lisez, donc à la page 30, monsieur Herman: ce livre raconte que les pauvres orphelins sont sur le point de mourir de froid et de faim, et comment la dame charitable leur donne a manger et leur distribue de chauds vêtements. C'est surtout à ce passage que je versais des larmes, monsieur Herman.
Le jeune homme avait cherché la page désignée et se mit à lire à voix basse, assez haut cependant pour être entendu de Lina, le récit de l'extrême détresse des enfants abandonnés.
Pendant ce temps la femme Wouters s'occupait de faire le café, et tirait de l'armoire un pain bis et une assiette avec du beurre.
Lorsque Herman arriva à l'endroit où les enfants affamés sont secourus par une dame charitable, sa vue s'obscurcit tout à coup. Il regarda la jeune fille et vit qu'à travers son sourire brillaient deux larmes qui roulèrent sur ses joues comme deux perles.
—Ah ah! c'est étrange! s'écria-t-il en riant également. Nous étions redevenus enfants. Il me semblait voir ma mère qui m'écoutait, et à côté d'elle une petite fille avec deux yeux bleus pleins de larmes…
—Allons, allons, mettez ce livre de côté maintenant, dit la mère qui se préparait à étendre sur la table une nappe rayée. Vous nous feriez oublier notre café du goûter. Si Monsieur Steenvliet voulait nous faire l'honneur…
—Je prendrai volontiers une tasse de café pour vous faire plaisir, répondit-il; mais après cela il faut que je parte; mes amis m'attendent probablement déjà depuis longtemps.
—Comme il vous plaira, Monsieur… Maintenant, Lina, mettez-vous à table: nous prendrons aussi notre part.