M. Steenvliet s'excusa de son arrivée tardive; c'était, dit-il, la faute d'un de ses valets d'écurie qui avait mal serré l'écrou d'une des roues de sa voiture, ce qui leur avait presque causé un accident en route: heureusement un maréchal-ferrant avait pu réparer le mal. C'est ce qui les avait mis en retard.

L'entrepreneur, flatté et encouragé par les démonstrations d'amitié de M. d'Overburg, parlait librement et à voix haute, et racontait sa mésaventure avec beaucoup de paroles auxquelles les autres ne paraissaient prêter que peu d'attention; il y en avait même qui affectaient de regarder d'un autre côté, comme si les explications du bourgeois enrichi leur étaient absolument indifférentes.

Pendant ce temps, Herman regardait Clémence qui paraissait maladive. Lorsqu'il l'avait saluée à son entrée, elle lui avait rendu son salut d'une façon aimable, mais néanmoins très brève. Maintenant elle tenait les yeux baissés et semblait éviter son regard. Elle était visiblement confuse ou embarrassée, la pauvre jeune fille; mais pourquoi? Craignait-elle, en présence de tous ses parents, de laisser deviner le secret qui lui avait été si strictement recommandé? C'était probablement là la cause, car Alfred lui-même se tenait coi et réservé, comme s'il voulait dissimuler qu'il connaissait particulièrement Herman et que depuis longtemps ils étaient camarades de plaisir.

Sur un signe de la baronne la double porte de la salle à manger s'ouvrit, et un maître-d'hôtel cria:

—Monsieur le baron est servi.

Avec une sollicitude qui s'expliquait facilement, madame d'Overburg s'était tenue à côté de l'entrepreneur, et au moment de passer dans la salle à manger, elle lui demanda son bras, avant qu'aucun autre invité eût pu le prévenir.

Le cœur de M. Steenvliet se gonfla de joie et d'orgueil; il poussa son fils en avant en lui disant que c'était à lui à conduire mademoiselle Clémence dans la salle à manger.

Herman s'avança pour suivre le conseil de son père; mais le chevalier de Saintenoy le prévint, et offrit le bras a Clémence au moment même où Herman s'inclinait devant elle pour lui offrir le sien. Pendant ce temps les autres invités avaient déjà ouvert la marche: la douairière conduite par le comte Van Elsdorp, la sœur puînée de Clémence par le baron de Moersbeke, puis le marquis de Hooghe et le chevalier Van Dievoort.

Il ne restait plus personne qu'une fillette de douze ou treize ans qui, lorsque Herman voulut lui offrir le bras, le laissa en plan et courut en riant rejoindre les autres convives dans la salle à manger.

Chacun d'eux s'assit à la place que lui indiquèrent M. et madame d'Overburg, et lorsqu'ils furent tous assis, voici dans quel ordre ils étaient placés: