—Pas beaucoup de fileurs, du moins.

—Mais il y a d'autres métiers, Adrien. Ceux de mécanicien, de charpentier, de menuisier et cent autres, où, avec de l'instruction et de la bonne conduite, on peut faire son chemin.

—Vois-tu bien, Christine, que tu as résolu de ne pas laisser aller notre
Bavon à la fabrique!

—Il ira où il voudra ou bien où il pourra, dit la femme avec une énergie croissante. Nous ne pouvons rien en décider d'avance. Cela dépend de son application, de notre amour et de la volonté de Dieu. Tes amis t'effrayent, parce qu'ils disent que je veux faire de Bavon un monsieur. Ce que je veux, c'est que mon enfant devienne un homme et ne soit pas condamné par l'ignorance à l'impuissance et à l'esclavage éternel. S'il devient un monsieur, tant mieux!

—Christine, Christine, soupira l'ouvrier, si tu savais combien tes paroles m'attristent! L'orgueil est un mauvais conseiller.

—L'orgueil? s'écria la femme indignée. Crois-tu donc que le bonheur de mes enfants m'effraye? Je ne devrais pas avoir de cœur. Ah! peut-être ne me comprendras-tu pas, mais je te dis, Damhout, que, si plus tard nos enfants pouvaient abaisser leurs regards vers moi, je remercierais Dieu de les avoir élevés dans le monde. Ne secoue pas la tête. Si, au prix de ma vie, je pouvais faire de Bavon un roi ou un empereur, je mourrais de joie devant le trône de mon enfant!

Elle était très-émue et semblait trembler; il y avait quelque chose d'inexprimable dans son maintien et dans son regard; le sentiment maternel avait rendu cette humble femme imposante et belle.

Adrien Damhout subit l'influence de ses paroles enthousiastes; il courba la tête comme vaincu, et se tut un moment. Puis il reprit:

—Au fond, tu as peut-être raison, Christine; mais réfléchis avec calme. Maintenant, cela ne va pas mal, il y a beaucoup d'ouvrage et de bon ouvrage. Nos autres enfants sont encore petits. Plus tard, tu voudras peut-être aussi que les filles aillent également à l'école?

La femme fit un signe affirmatif.