Cependant, ce motif lui fit défaut au bout de quelques mois, car Godelive paraissait devenir mieux portante, et elle s'était sensiblement fortifiée en peu de temps.
Une après-midi, la décision lui fut signifiée et on lui dit qu'elle irait le lendemain, à six heures, à la fabrique de dentelles.
La jeune fille s'y serait soumise sans le moindre chagrin, car elle ne savait pas ce qui l'attendait dans cette nouvelle condition; mais le père lui fit comprendre le plus mauvais côté de son sort, lorsqu'il lui dit:
—Alors, Godelive, c'en est fini d'apprendre à lire. Tu en sais déjà trop pour une pauvre fille d'artisan. Tâche de l'oublier; sinon, tu pourrais plus tard concevoir des pensées qui te conduiraient sur une fausse route. Plus de livres dans la maison: ne songe qu'à travailler.
Godelive sortit silencieusement de la maison et resta à la porte la tête courbée. Longtemps elle médita. Elle ne pourrait plus apprendre à lire! Cette pensée lui arracha des larmes et elle se dirigea lentement et comme égarée vers la demeure de madame Damhout.
Elle parut dans la chambre son tablier devant les yeux. Adrien Damhout était déjà parti pour sa fabrique; mais, comme c'était jeudi, jour de congé, Bavon était encore assis à table à côté de sa mère.
Le petit garçon sauta de sa chaise, prit la jeune fille par la main et lui demanda:
—Godelive, tu pleures! Qui t'a fait du mal?
Mais Godelive se mit à pleurer plus fort; elle paraissait inconsolable.
—Eh bien, Godelive, parle, que t'est-il arrivé? Ce ne doit pas être grave, dit madame Damhout.