—Es-tu bien sûre, Godelive, que tes parents aient décidé de te placer dans une fabrique de dentelles?

—Certes, madame Damhout, dès demain matin.

—Ils ne savent donc pas ce que c'est qu'une fabrique de dentelles?

—Je crois bien qu'ils le savent. Cela n'est rien, madame Damhout; je veux bien aller à la fabrique de dentelles, j'y ferai mon possible; mais ne plus pouvoir apprendre à lire, voilà ce qui m'attriste.

—Eh bien, reste ici; je vais chez ta mère. Ne pleure plus; peut-être reviendrai-je avec de bonnes nouvelles.

Quelques moments après, madame Damhout entra dans la demeure de Wildenslag.

—Bonjour, Christine; quel bonheur de vous voir ici! dit la mère de Godelive. Êtes-vous à la promenade? Cela ne vous arrive pas souvent. J'ai justement versé le café, parce que le feu était allumé! Nous allons en boire une excellente tasse ensemble… Et vous, là-bas, sales vauriens, hors d'ici jusqu'à ce que je vous appelle; sinon, il tombera des atouts sur vos épaules!… Maintenant, asseyez-vous, Christine, nous sommes seules et nous pouvons causer à notre aise.

—C'est pour causer avec vous que je suis venue, répondit madame Damhout en s'asseyant. Est-ce vrai que vous avez résolu de placer votre Godelive dans une fabrique de dentelles?

—C'est vrai, Christine. Je l'aurais laissée encore quelque temps à la maison: l'enfant n'est pas des plus fortes; mais mon mari ne cesse de gronder, et il a peut-être raison. On n'habitue jamais trop tôt les enfants au travail. Alors, ils apportent bientôt quelque chose dans le ménage. Vous faites une singulière mine, Christine. Cela vous étonne-t-il que nous envoyions notre Godelive à la fabrique de dentelles?

—Cela m'attriste.