Madame Damhout dit à sa voisine qu'elle ne pouvait pas se dispenser d'aller prévenir les sœurs de sa résolution, et, par la même occasion, de les remercier mille fois du fond du cœur de leur bonté.

Comme Lina avait été accueillie dans l'institution avec une cordialité toute particulière, elle suivit le conseil de sa voisine.

Celles qui parurent le plus surprises et le plus affligées de cette nouvelle inattendue, ce furent les sœurs.

Godelive était une élève dont elles étaient fières, mais toutes lui portaient une affection particulière à cause de sa bonne conduite et de son zèle, et plus encore, peut-être, à cause de sa touchante reconnaissance. D'ailleurs, depuis quelques mois, Godelive leur avait déjà été utile pour apprendre à lire aux plus petites filles.

Après que les sœurs eurent entendu les raisons de madame Wildenslag, elles rapprochèrent leurs têtes et se parlèrent quelques instants à voix basse.

Alors, la plus âgée dit:

—Madame, cela nous ferait de la peine, de perdre sitôt notre meilleure élève. Nous étions fières d'elle, et nous aurions désiré la garder encore un an, pour montrer de quoi nous sommes capables quand nos leçons tombent sur une terre fertile. Ne pourriez-vous pas la laisser encore un peu dans notre école?

—Impossible, mes sœurs, répondit madame Wildenslag avec un soupir. Je le voudrais bien aussi, puisque je n'ai qu'un seul enfant qui ait pu aller à l'école, je voudrais la laisser s'instruire aussi longtemps qu'elle le pourrait; mais il n'y a pas moyen de persuader mon mari. Nous ne pouvons pas vivre ainsi. Les enfants coûtent de l'argent; je n'en ai pas moins que six, et, croyez-moi, ils nous mangent littéralement la laine sur le dos. Si les enfants ne pouvaient pas gagner leur vie dès qu'ils sont grands, les gens de notre classe seraient tous sur la liste des pauvres.

—Et quand croyez-vous que Godelive, en apprenant l'état de couturière, puisse commencer à gagner sa nourriture?

—Pas bien vite, mes sœurs, je le sais; peut-être dans deux ans, petit à petit.