—Eh bien, nous voulons vous faire une bonne proposition. Laissez Godelive continuer à fréquenter l'école. Elle dînera et elle soupera ici, et même elle y déjeûnera, si vous voulez. Nous mettrons tous nos soins à lui apprendre à bien coudre, et, dès qu'elle aura treize ou quatorze ans et qu'elle sera bien instruite, nous la placerons nous-mêmes dans un atelier, chez une maîtresse qui la protégera et la fera avancer. Elle regagnera ainsi amplement le temps perdu. Cette proposition vous plaît-elle?

—Ah! chères sœurs, que vous êtes bonnes pour ma pauvre enfant! s'écria la mère les larmes aux yeux. Que Dieu vous récompense de votre bienfaisance! Oui, oui, certes, j'accepte de tout mon cœur votre offre généreuse.

C'est ainsi que Godelive, malgré les résistances de son père, resta à l'école des sœurs.

Pour ce qui regarde Bavon, il se distinguait entre tous ses condisciples de l'école communale, il était beaucoup plus avancé que Godelive; il avait une belle écriture, il était très-exercé dans le calcul, et même il avait déjà fait quelques progrès dans la langue française. Ses maîtres prenaient plaisir à voir son application et la vivacité de son intelligence, et étaient fiers de ses progrès rapides.

Comme ses parents le destinaient au métier de mécanicien ou de charpentier, il suivait depuis cinq ou six mois les leçons de l'académie de dessin, et tout faisait supposer qu'il irait également très-loin dans cette nouvelle branche.

Avec toutes ses occupations, et bien qu'il ne rentrât à la maison qu'à huit heures du soir, il trouvait encore le temps d'aider Godelive, en jouant, dans ses premières études de la langue française qu'elle avait commencé à apprendre à l'école.

Une année entière s'écoula ainsi, sans qu'aucune contrariété vînt troubler le bonheur tranquille de madame Damhout et des deux enfants. Un seul événement (si le mot événement peut s'appliquer à si peu de chose) était de nature à se graver dans leur souvenir.

Bavon avait montré depuis quelque temps un singulier penchant à la solitude. Deux fois, quand, le dimanche, ses parents avaient voulu le prendre avec eux à la promenade, comme d'habitude, il était resté seul à la maison, sous prétexte qu'il avait beaucoup de besogne à achever. Sa mère l'avait surpris un jour lui cachant quelque chose avec une précipitation inquiète.

Qu'est-ce donc qui pouvait tant l'occuper? Il ne voulait pas le dire; il évitait toute explication à ce sujet, et madame Damhout n'était pas sans inquiétude, quoiqu'elle ne sût pas au juste ce qu'elle craignait.

Un certain soir, Bavon, revenant de l'école, parut entièrement joyeux. Il courait d'un bout à l'autre de la chambre avec une impatience visible en répétant: