—Tiens, mère! tiens, Godelive! voilà mon cadeau!
Sur le papier, on voyait les figures de deux enfants peintes au lavis, un jeune garçon et une jeune fille, la main dans la main et tenant chacun, dans celle qui restait libre, un livre ouvert. Tout autour on avait peint un bord tricolore, et ces couleurs variées lui donnaient un grand éclat. Sans doute, Bavon s'était efforcé de faire son propre portrait et celui de Godelive. Les vêtements ressemblaient à peu près; mais l'ensemble était une œuvre si grossière et si imparfaite, qu'il eût été difficile de deviner l'intention de l'auteur, s'il n'avait pas écrit au-dessous en grandes lettres: Bavon et Godelive. Surpris et presque triste, parce que la petite fille restait immobile et ne donnait pas des signes de joie, il dit d'un ton confus:
—Oui, Godelive, ce n'est pas bien fait, je le sais bien. Je l'ai fait pour rire; c'est un souvenir du temps où nous apprenions à lire ensemble.
Godelive pencha la tête et commença à pleurer en silence; les larmes tombaient de ses yeux comme des perles.
—Qu'est-ce que cela? murmura le jeune garçon avec étonnement. Pourquoi pleures-tu?
—Je n'en sais rien, répondit-elle. Parce que tu es si bon pour moi!
—Allons, allons, ce n'est qu'un jeu, dit Bavon. Si j'avais su que la petite image dût te faire pleurer, je l'aurais déchirée en mille morceaux.
—Oh! la déchirer! s'écria Godelive avec frayeur. Ne fais pas cela!
Donne-la-moi, s'il te plaît.
—Mais c'est pour toi que je l'ai faite, Godelive.
—Merci, Bavon; je conserverai précieusement le souvenir de ton amitié.