Il le soutint pendant la première semaine; à la vérité, il était triste au fond du cœur, et tous ses membres étaient comme rompus; mais il n'en laissait rien voir, et, devant sa femme et ses enfants, il se montrait de bonne humeur.

Une après-midi cependant, il revint au logis, se laissa tomber sans force sur une chaise et dit que la fièvre froide s'était emparée de lui. Il était très-pâle en effet, et, de temps à autre, un frisson violent parcourait ses membres. Une expression de frayeur secrète, une altération de son visage qui ne présageait rien de bon, firent craindre à madame Damhout que son mari ne fût atteint d'une grave et dangereuse maladie. Elle comprima ses larmes pour ne pas l'inquiéter, l'obligea à aller se coucher et lui prépara de la tisane, en le consolant par l'espoir d'une guérison rapide.

Mais l'état d'Adrien Damhout empirait à chaque instant; il avait un grand mal de tête, toussait avec un bruit sourd et se plaignait d'un violent point de côté.

La femme, inquiète, ne savait que faire; elle n'osait pas laisser son mari seul, et cependant il fallait en toute hâte chercher le médecin. En allant et venant, elle dit tout bas à sa petits fille d'aller appeler madame Wildenslag. Lorsque, quelques instants après, elle entendit ouvrir la porte, elle descendit l'escalier, raconta à sa voisine que son mari était rentré malade et la pria de veiller auprès de son lit jusqu'à ce qu'elle eût prévenu le médecin.

Par bonheur, madame Damhout trouva le docteur chez lui et prêt à sortir; elle n'eut pas besoin de le prier pour le décider à venir promptement. Il jugea, d'après ses explications, qu'il s'agissait probablement d'une pleurésie aiguë, maladie souvent mortelle lorsqu'on ne la combat pas immédiatement.

Son pressentiment était fondé; arrivé auprès du malade, il reconnut une inflammation de la plèvre, et, en conséquence, son premier soin fut d'ouvrir une veine du malade, et de lui tirer du sang en si grande quantité qu'il tomba en défaillance.

À la vue du sang de son mari, madame Damhout ne put retenir sa douleur; elle fondit en larmes et continua à pleurer en se cachant la figure dans les mains, pendant que madame Wildenslag aidait le docteur dans son ministère.

Lorsque le médecin vit que le malade revenait à lui il écrivit une ordonnance et dit:

—Qu'on aille chercher cela chez le pharmacien, et qu'on lui en donne toutes les heures une cuiller à café. Il ne faut pas vous désespérer ainsi, femme; la maladie est grave lorsqu'on ne la prend pas à temps; mais vous avez bien fait de venir m'appeler tout de suite. Maintenant, je suis presque certain que je guérirai votre mari. Mais il peut se passer des semaines avant qu'il soit tout à fait rétabli. Il aura probablement envie de dormir, ne le dérangez pas et ne lui adressez point la parole, il a besoin de repos. Descendez, vous entendrez bien s'il désire quelque chose. Surtout qu'on ne lui donne aucune nourriture, cela pourrait être mortel pour lui.

Et, lorsqu'il fut descendu avec les deux femmes, il dit encore avant de partir: