—Ayez bon courage; je reviendrai ce soir voir comment va le malade.

Madame Damhout se laissa tomber sur une chaise et recommença à pleurer à chaudes larmes. On ne distinguait à travers ses sanglots que ces mots:

—Mon malheureux mari! mes pauvres enfants!

Sa voisine essaya de la consoler et de lui donner du courage. Soit qu'elle y réussît, soit que la conscience de ses devoirs de mère et d'épouse rendît des forces à madame Damhout, toujours est-il que celle-ci cessa de pleurer.

—Oui, Lina, dit-elle, vous avez raison; je ne dois pas me laisser aller à la tristesse et à l'inquiétude. Je suis seule, seule pour tout. Ah! mon pauvre Bavon! comment lui dire que l'on a tiré tant de sang à son père? Mais je ne dois pas parler ainsi; je tâcherai de le lui cacher. Voilà l'ordonnance, Lina; je ne puis pas quitter mon mari. Auriez-vous la bonté d'aller chercher la petite bouteille?

—Quelle demande! répondit madame Wildenslag. Sans doute on murmure et on gronde en ce moment contre moi, parce que je suis sortie; mais, pour vous rendre service, j'en supporterais bien d'autres. Vous ne pouvez pas demeurer ainsi seule; je vous enverrai quelqu'un qui vous sera peut-être plus utile qu'une servante à gages.

Madame Damhout, restée seule, écouta, le cœur palpitant, au bas de l'escalier, et monta même jusqu'à l'étage pour apaiser son inquiétude. Elle entendit respirer son mari, fit à dessein quelque bruit; mais le malade ne remuait pas et paraissait dormir.

Cela lui donna un peu de courage; elle redescendit, s'assit sur une chaise, joignit les mains, et commença à prier en levant les mains au ciel.

Godelive entra dans la chambre, tenant à la main une petite bouteille qu'elle posa sur la table; puis elle s'approcha de madame Damhout, l'embrassa affectueusement et se mit à pleurer en silence sur sa poitrine.

La tendre compassion de la petite fille arracha de nouvelles larmes à madame Damhout; mais, après s'être apitoyée pendant quelques instants sur le malheur de son mari, elle devint maîtresse d'elle-même et demanda: