Tout cela remplit de joie le père Damhout, car c'était en effet le meilleur moyen de faire son chemin dans une fabrique de coton. Bavon deviendrait un jour contre-maître, l'heureux père n'en doutait pas.

Lorsqu'on eut repris assez de calme pour parler de choses moins émouvantes, on décida que, dès le lendemain, Godelive retournerait à son atelier. En effet, Damhout n'avait plus besoin d'être gardé constamment, car, ce jour-là même, il pouvait se lever pendant quelques heures. Avec les quatre ou cinq francs par semaine que Bavon gagnait maintenant, il devenait possible d'attendre des jours meilleurs.

L'après-midi, pendant que Bavon était occupé à apprendre quelque chose à Godelive dans un livre, madame Damhout monta, s'assit auprès du lit de son mari, et dit d'un air triomphant:

—Eh bien, Damhout, crois-tu encore que l'instruction conduit les enfants d'ouvriers à l'orgueil et à la fainéantise? Quels enfants dans toute notre ruelle sont aussi aimants, aussi raisonnables et aussi bons que Bavon et Godelive? Et tout cela, c'est parce qu'ils sont instruits et qu'ils savent discerner ce qui est bon de ce qui est mauvais.

Les yeux de l'artisan se mouillèrent de larmes.

—Non, non, Christine, dit-il en saisissant la main de sa femme, ce n'est pas là la seule cause de leur bon caractère; c'est ton cœur, ton bon et noble cœur qui bat dans leur poitrine. Une mère comme toi, c'est la bénédiction de Dieu dans un ménage.

Au commencement de la semaine suivante, quelques fabriques se rouvrirent; mais, en attendant des nouvelles certaines touchant la paix européenne, elles ne reçurent qu'un nombre limité d'ouvriers.

Bavon travaillait dans la filature de M. Verbeeck; il portait maintenant ses plus mauvais habits, et, comme, à cause de la nature de son travail, il était constamment couvert de flocons de coton, il ne paraissait plus à beaucoup près aussi bien soigné que d'habitude. Cela donnait souvent sujet de rire à Godelive, quand elle revenait le soir de son ouvrage, et elle se moquait de lui en l'appelant arbre à coton. Mais lui, au lieu de s'en fâcher, ne faisait qu'en rire, et il était fier de servir à quelque chose et de pouvoir venir en aide à ses parents.

Malgré le besoin et la lente convalescence du père Damhout, tout le monde était heureux dans cette maison. Le cœur de la mère surtout était rempli d'un sentiment d'orgueil et de béatitude.

Le père Wildenslag et ses fils, quoiqu'ils allassent frapper à la porte de toutes les fabriques pour trouver de l'ouvrage, n'avaient pas réussi à en trouver. Ils s'étaient fait remarquer dans la dernière émeute par leur violence et leur fureur; et, comme maintenant les fabricants ne choisissaient que les meilleurs ouvriers, aucun d'eux ne voulut recevoir dans son établissement les fauteurs de la coalition contre les fabriques.