Madame Damhout serra l'enfant contre sa poitrine et s'efforça de la consoler par des marques de vive affection.
Bavon avait posé la tête sur la table et pleurait amèrement; sa douleur était muette, aucune plainte ne sortait de sa poitrine, car il savait qu'ici on ne pouvait résister à la nécessité.
On continua à pleurer jusqu'à ce que madame Wildenslag vînt chercher sa fille.
Le lendemain, cela alla un peu mieux. Fatiguée de pleurer, consolée et encouragée par les paroles amicales de madame Damhout et de Bavon, Godelive avait commencé à envisager peu à peu la chose avec moins de désolation, grâce à l'espoir qu'elle avait de revenir bientôt à Gand avec ses parents.
Lorsque le ménage Wildenslag, homme, femme et enfants, tenant chacun un paquet à la main, quitta la ruelle dès l'aube du jour, pour commencer leur voyage vers la France, Bavon accompagna sa jeune amie.
Il marchait à côté de Godelive et portait son paquet. Ils ne pleuraient pas et parlaient peu, ils avaient le cœur gros; ils n'ouvraient la bouche que pour tâcher de se consoler réciproquement; car ils sentaient tous deux que cette séparation, si courte qu'elle fût, leur serait pénible. Et, dans leur naïveté, ils s'engageaient l'un l'autre à ne pas trop penser au plaisir tranquille et au calme bonheur qu'ils avaient goûtés ensemble pendant les beaux jours de leur enfance.
On arriva à la porte de la ville, et, comme il était temps pour Bavon d'aller à sa fabrique, il ne pouvait pas accompagner plus loin les Wildenslag.
Bavon et Godelive, obéissant à un même mouvement, se prirent les mains, échangèrent un long regard dont ils ne comprenaient pas eux-mêmes la signification, et murmurèrent d'une voix étranglée:
—Adieu, Bavon!—Adieu, Godelive!—Au revoir!
Des larmes jaillirent de leurs yeux; mais la jeune fille, sentant faiblir son courage, poussa un cri de douleur, et courut rejoindre ses parents, qui étaient déjà plus avant sur la route.