—Oh! oh! mon garçon, quelle main ferme! quelle belle écriture!… et pas de faute! Bavon! je ne m'y serais pas attendu. Cela fera plaisir à M. Raemdonck, car il vous porte un véritable intérêt, parce que vous êtes le fils d'un de nos plus anciens et de nos meilleurs ouvriers. Savez-vous bien calculer aussi?
—J'étais le plus fort de toute la classe pour le calcul, monsieur, du moins au dire de mes maîtres.
—Eh bien, voici une colonne de chiffres: additionnez-les d'abord, multipliez le total par 365 et divisez le tout par 514.
En quelques minutes, Bavon avait fait le calcul, et le commis vit avec une satisfaction sincère qu'il ne s'était pas trompé.
—Attendez encore un instant ici, mon ami, dit-il; je vais avertir M.
Raemdonck de votre arrivée.
Il laissa Bavon seul dans le bureau, ouvrit une porte et entra, au bout d'un corridor, dans une salle où le propriétaire de la fabrique était assis devant une table et feuilletait des papiers.
—Eh bien, Vremans, quelle est l'instruction du jeune homme? demanda-t-il.
Pourriez-vous l'employer?
—C'est un phénomène, répondit le commis. Il a à peine quinze ans, et il a une écriture aussi ferme et aussi jolie que celle d'un vieux commis. Il sait bien calculer, il a une intelligence prompte et il est capable de tout, du moins de tout ce qu'il peut avoir à faire dans le bureau sous ma surveillance.
—Vous ne prétendez pas, n'est-ce pas, qu'il pourrait remplacer le commis que vous avez renvoyé avant-hier?
—Non, monsieur, je n'oserais l'affirmer, quoique je sois convaincu que cet élève de l'école communale me rendrait plus de services; mais il est trop jeune et on ne doit pas le gâter dès le commencement par des appointements trop élevés.