—En effet, l'autre commis avait mille francs. Que pourrions-nous donner au fils de Damhout? Vous savez que je veux récompenser ses parents.

—Le tiers, monsieur; trois cents francs, par exemple. Ce serait suffisant pour commencer. J'aiderai le jeune homme et le mettrai au courant. S'il reste zélé et fidèle, nous pourrons augmenter successivement ses appointements.

—C'est bien, Vremans, je vous remercie. Envoyez-moi le jeune homme, mais ne lui dites rien.

Quelques minutes après, Bavon entra et se tint debout, la casquette, à la main, devant M. Raemdonck.

Celui-ci, après l'avoir considéré quelques instants avec bienveillance, lui dit:

—Ç'a été un beau jour pour vous, mon ami! vous vous êtes acquis beaucoup de protecteurs, et, si vous continuez comme vous avez fait jusqu'à présent, vous ferez probablement votre chemin; mais, quoi qu'il vous arrive, n'oubliez jamais que vos parents, pauvres ouvriers de fabrique, se sont sacrifiés pour vous donner de l'éducation.

—Je ne l'oublierai pas, monsieur, répondit Bavon d'une voix émue, mais avec un sourire plein de volonté dont l'expression étonna M. Raemdonck.

—Ah! c'est bien, dit-il, que vous soyez pénétré de tout ce que vos parents ont fait pour vous, votre père surtout, n'est-ce pas?

—Oui, monsieur, mon père a travaillé pour moi; c'est pour moi qu'il s'est rendu malade. Ma mère a passé des nuits sans dormir pour me laisser aller à l'école.

—Et vous les chérirez, et, si vous le pouvez, vous les récompenserez dans leurs vieux jours?