Lorsque Bavon ouvrit le salon en question, tous poussèrent un cri d'admiration. Tous les meubles étaient en bois de mahoni massif; les gravures dans des cadres dorés, suspendus aux murs; un mœlleux tapis à fleurs rouges sur le parquet; une pendule dorée et des candélabres assortis sur la cheminée; des chaises rembourrées et des fauteuils à dossier qui tendaient leurs bras capitonnés et semblaient dire: «Je suis si commode, venez, reposez-vous sur moi.» C'est ce que firent les petites filles d'abord et les parents ensuite; mais Bavon prit sa mère par le bras et lui montra une petite table dont la tablette, pouvait se lever. Sous cette tablette, dans un petit coffre, on voyait briller une quantité d'objets en acier destinés à la couture et à la broderie, qui éblouirent les yeux de madame Damhout et de ses petites filles.

—Maintenant, le verre de vin à la santé de… de… nous allons voir…
À table!

Il ouvrit une armoire, y prit une bouteille et des verres et versa le vin. Chacun voulut saisir son verre pour boire en l'honneur de M. Raemdonck; mais Bavon les retint.

—Attendez un moment, dit-il, il y a aussi quelque chose à manger. Voilà un gâteau d'amandes que M. Raemdonck n'a pas donné, et ce n'est pas non plus à sa santé que nous allons boire d'abord…

—Qu'est-ce que cela? s'écria Amélie, la fille aînée; ces lettres en sucre sur le gâteau? Sais-tu, mère, ce qu'on y lit?

—Ah! ah! vive Christine, notre bonne mère! s'écria Bavon en levant son verre. C'est aujourd'hui sa fête! Puisse-t-elle vivre longtemps, longtemps!

Et tous les autres répétèrent en chœur:

—Puisse-t-elle vivre longtemps, longtemps!

—Quelle singulière idée de Bavon de te fêter dans cette maison, s'écria
Amélie. C'est bien drôle!

—Et maintenant, mère, dit le jeune homme d'un ton solennel et les yeux pleins de larmes d'attendrissement, maintenant, celui qui te doit tout, son instruction, son bonheur, son avenir, va te faire un cadeau, auquel il a rêvé depuis son enfance, à toi et au pauvre ouvrier de fabrique, qui a souffert et qui s'est épuisé pour son fils! Tu as vu cette maison, ce jardin, ces fleurs, ces filets? Tout cela t'appartient. J'ai loué la maison, j'ai acheté les meubles. Tu demeureras ici; mon père ne travaillera plus; il fumera sa pipe, soignera les fleurs et ira pêcher. Nous sommes riches, je suis premier commis, je gagne quatre mille francs! Dieu soit béni de m'avoir permis de récompenser ton amour. Père, mère, mettez-vous à votre aise, vous êtes chez vous!