—Avec les cent francs qui sont là, dit-il, vous pouvez payer le prix du paquet perdu. Cette triste affaire ne doit donc plus vous inquiéter. Voici encore cent francs, afin de pourvoir à vos premiers besoins. Je chercherai avec ma mère les moyens de vous assurer un sort moins pénible. Si nous pouvions procurer à Godelive une place d'institutrice à Gand! Pour votre fils, j'ai un ouvrage avantageux. Puisqu'il a un cœur sensible, je le ramènerai dans le bon chemin. Tenez, prenez l'argent, madame; ne soyez pas honteuse pour cela. Je vous dois de la reconnaissance; vous m'avez délivré aujourd'hui d'un grand chagrin et d'une profonde tristesse qui me rongeaient le cœur depuis des années. Oui, c'est ainsi. La pensée que la bonne et douce Godelive, l'amie de mon enfance, l'ange qui a veillé au lit de mon père malade, s'était perdue, cette pensée m'était pénible, et ma compassion devenait petit à petit une douleur amère. Maintenant, je suis tranquille là-dessus. Je suis heureux de savoir qu'elle a conservé, outre la pureté, la noblesse et la bonté de son cœur.

Madame Wildenslag, ayant ramassé l'argent sur la table, joignit les mains et dit au jeune homme, les yeux humides de pleurs:

—Oh! monsieur, votre bonté, votre générosité me confond. Je ne sais comment vous exprimer ma reconnaissance. Demain matin, avant notre départ, nous reviendrons. Godelive vous remerciera à genoux.

—Godelive! demain? s'écria le jeune homme hors de lui. Où est donc
Godelive?

—Je n'ose pas vous tromper plus longtemps, monsieur: elle est dans l'église Saint-Bavon, à prier devant le saint sépulcre.

—Et pourquoi n'est-elle pas avec vous?

—La pauvre fille a eu peur, monsieur,

—Peur? de moi?

—Elle est honteuse, monsieur. Pour payer les frais de notre voyage à Gand, nous avons été obligées de vendre les seuls vêtements qui avaient encore quelque valeur. Godelive craignait de se présenter devant vous…

—Et pourtant, je voudrais la voir! s'écria Bavon avec agitation. Après huit années d'absence! Que font les habits? Ne témoignent-ils pas de son dévouement, de son amour pour ses parents! Ah! si je pouvais souhaiter une récompense, ce serait de la consoler et de lui donner du courage.