Je le priai donc de vouloir bien me permettre de prendre congé de lui.

M. Pavelyn essaya de me faire rester; mais, comme j'insistais, il me dit que j'avais raison, en effet, d'aller chercher un peu de repos après tant d'efforts et tant d'agitation, et il m'engagea même à prolonger mon séjour à Bodeghem jusqu'au moment où je me sentirais tout à fait remis de mes fatigues. J'adressai à Rose un dernier regard, je saluai tout le monde, et je sortis du salon.

Dans l'antichambre, au moment où je me baissais pour reprendre mon chapeau et ma canne, que j'y avais déposés, je fus surpris tout à coup par une voix de femme qui parlait tout bas à mon oreille.

Je me redressai en tressaillant, et je pâlis sans doute, car la femme qui avait murmuré à mon oreille quelques paroles que je n'avais pas comprises, s'écria en riant:

—Mon Dieu, monsieur Léon, comme vous vous effrayez facilement! vous voilà blanc de peur, comme si vous aviez cru voir apparaître un spectre derrière vous!

C'était la femme de chambre de madame Pavelyn, une fille qui me portait beaucoup d'affection; cependant, en ce moment, sa présence inattendue m'avait fait de la peine, et je la regardai avec amertume.

—Allons, allons, dit-elle d'un ton léger, ne soyez pas si fâché parce que je vous ai fait tressaillir. Je voulais vous dire quelque chose, mais vous le savez déjà, n'est-ce-pas?

—La grande nouvelle! Non? N'avez-vous pas vu ce beau jeune homme là-dedans? Il est riche à millions et noble de naissance....

—Eh bien? eh bien! m'écriai-je, frémissant de crainte et d'impatience.

—Ainsi vous ne le savez pas encore? dit-elle en retenant sa voix. Rose va se marier. Ce jeune monsieur est son fiancé....