Le lendemain, lorsque je descendis de la diligence à la porte de la ville et que j'entrai dans la rue qui devait me conduire immédiatement à la maison de M. Pavelyn, il me fallut rassembler toute mon énergie pour ne point défaillir au moment d'accomplir ma tâche. Jusqu'alors, j'étais parvenu à combattre mon hésitation et ma crainte; mais, maintenant que chaque pas me rapprochait du moment fatal, je sentais ma force m'abandonner. Mon coeur battait violemment, et de temps en temps un frisson glacial parcourait mes membres. Ce n'est pas que j'hésitasse dans ma résolution, ni que j'eusse quelque regret d'avoir accepté la douloureuse mission; mais il y avait en moi une puissance secrète qui luttait contre ma volonté, et dont les efforts tumultueux augmentaient à chaque instant ma frayeur et mes souffrances.

Après m'être arrêté deux ou trois fois en chemin pour maîtriser mon agitation, je crus avoir repris un peu de calme, et je sonnai hardiment à la porte de M. Pavelyn.

Comme je me présentai à l'heure convenue, M. Pavelyn épiait mon arrivée. Il vint à ma rencontre dans le vestibule, me serra la main avec joie, et m'introduisit sur-le-champ dans la chambre où sa fille était assise auprès d'une table, tenant une broderie à la main.

—Vois, Rose! s'écria-t-il gaiement, voici Léon qui vient nous voir.

Elle leva la tête de dessus son ouvrage. Son visage s'illumina de l'éclat d'une joie indescriptible, ses yeux firent rayonner vers moi un regard plein d'amour et de reconnaissance. Ma présence seule la rendait heureuse.... Pauvre victime d'un penchant défendu!

L'effet que cette démonstration, dont le sens ne pouvait m'échapper, produisit sur moi fut si profond, que je dus faire un effort pour retenir les larmes qui montaient à mes yeux. Mais Rose, que mon arrivée inattendue avait surprise, se rendit immédiatement maîtresse de son émotion. Après avoir balbutié un aimable salut, elle avait repris tout son calme, et, dans ses réponses à ce que son père ou moi lui disions, il n'y avait plus rien qui pût faire soupçonner une profonde émotion.

Nous causâmes pendant quelque temps de choses presque indifférentes; puis M. Pavelyn porta la conversation sur le mariage. Il fit comme si je ne savais rien de Rose, énuméra brièvement toutes les raison qui devaient décider sa fille à accepter cette brillante alliance, et me demanda ensuite directement quelle était mon opinion sur cette affaire.

—Il ne peut y avoir de doute, affirmai-je: mademoiselle Rose doit donner son consentement; car un pareil mariage....

Un coup d'oeil de Rose fit expirer la parole sur mes lèvres. Elle me considérait avec étonnement, avec reproche et avec effroi; un pénible sourire errait sur ses lèvres, sourire presque imperceptible, mais convulsif comme celui d'une personne qui a reçu une blessure mortelles et qui ne veut pas se plaindre.

M. Pavelyn, remarquant mon hésitation, vint à mon secours et dit quelques mots pour m'encourager à continuer ma tâche.