Mon maître était revenu dans l'après-midi. Je reconnus sa voix dans l'escalier, et j'attendis, coeur palpitant, qu'il ouvrit la porte de ma chambre. Quel serait son jugement?

Enfin il parut, et s'écria aussitôt qu'il me vit:

—Eh bien, mon garçon, a-t-on réussi? a-t-on bien travaillé? Voyons comment vous comprenez l'Espérance chrétienne.

A ces mots, il s'approcha de ma statue; mais il recula, frappé d'un sentiment dont je ne pus me rendre compte, et la considéra un instant en se parlant à lui-même.—Puis il s'élança vers moi, me prit la main, la serra avec force, et dit d'une voix émue:

—Mais vous êtes un artiste, vous! un grand artiste! Les formes sont un peu grêles; mais cela ne fait rien, je les corrigerai. Vous avez trop d'inspiration et trop de talent pour ne pas acquérir, avec le temps, une grande célébrité. Pauvre garçon! vous perdez votre temps ici, à tailler le bois et la pierre pour gagner un morceau de pain! Cela n'est pas juste; à chacun selon son mérite; je vous procurerai les moyens de vous faire connaître.... Et, en attendant, je double dès aujourd'hui votre salaire. Tant que vous resterez ici, vous ne serez pas mon ouvrier, vous serez mon ami; nous causerons de l'art ensemble; j'apporterai mon expérience, et vous, l'enthousiasme de votre coeur jeune et chaud. Nous y gagnerons tous les deux.

Je remerciai mon généreux maître, les larmes aux yeux; mais il ne me laissa pas le temps d'exprimer ce que je sentais.

—Je cours chez le banquier, s'écria-t-il. Il faut qu'il vienne, qu'il vienne à l'instant. Il serait bien difficile s'il n'était pas content, cette fois. S'il est chez lui, je le ramène avec moi. Jetez ces morceaux d'argile, et laissez descendre un peu le rideau; votre statue ne reçoit pas assez de lumière.

À ces mots, il descendit l'escalier quatre à quatre, me laissant en proie à une émotion d'orgueil et de joie.

Après une demi-heure d'attente, j'entendis un bruit de pas qui montaient à l'étage où se trouvait mon atelier. Je me retirai dans un coin de la chambre pour ne gêner personne, et je m'assis devant une table en faisant semblant de dessiner.

J'entendis un cri d'admiration poussé par le banquier, qui dit à mon maître: