—C'est superbe! je vous félicite. Vous avez enfin compris mieux que moi ce que je désirais. Recevez mes sincères remerciements. Oh! la nature vit! Et quelle expression, quel élan vers Dieu! Oui, oui! c'est ainsi qu'il faut représenter l'Espérance des chrétiens....
—Et si je vous disais que je ne suis pas l'auteur de cette statue? répliqua mon maître.
—Que voulez-vous dire? demanda le banquier surpris.
—J'y changerai bien quelque chose, répondit le sculpteur. Elle est trop maigre, et il y a, çà et là, de petits détails qui doivent être corrigés; mais je ne veux pas m'attribuer le mérite d'autrui. L'auteur de la statue que vous admirez est le jeune homme que vous voyez dessiner à cette table.
Et, se tournant vers moi, il me cria:
—Venez ici, mon ami, et recevez vous-même les éloges qui vous appartiennent légitimement.
J'obéis. Le banquier s'avança vers moi et se mit à me louer chaleureusement et à vanter mon oeuvre. Ému et confus, je tenais les yeux baissés; mais mon maître me frappa vivement sur l'épaule, et s'écria:
—Ah! monsieur Léon, vous êtes là comme une timide jeune fille. Levez la tête et regardez hardiment devant vous, comme un artiste tel que vous a le droit de le faire.
Le banquier se gratta le front en murmurant:
—Monsieur Léon? Ce serait étrange! qui sait? En effet; maître, je connais tous vos élèves, mais ce jeune homme, je ne l'ai pas encore vu ici.—Vous vous nommez donc Léon? demanda-t-il en s'adressant à moi. Excusez mon indiscrétion, je vous prie. Quelle est votre patrie? quelle ville habitent vos parents? quel est votre nom de famille?