Je répondis à ses questions avec franchise.
C'est merveilleux! dit-il. Sans cette statue, je ne vous aurais peut-être jamais trouvé. Cependant il y a quinze jours que je vous fais chercher dans tous les ateliers et les musées de Paris. Mais qui se fût imaginé que je vous trouverais dans une maison où je connais tout le monde? J'ai une lettre pour vous, une lettre très-pressée. Elle est d'un riche négociant d'Anvers. Mais vous devez le connaître: M. Pavelyn est son nom. Je ne sais ce qu'il vous veut, mais il me supplie de ne pas perdre un instant pour vous remettre sa lettre, si je vous découvre. Je lui ai promis de ne rien négliger pour satisfaire son ardent désir. Je vais envoyer immédiatement mon domestique, qui m'attend en bas, demander la lettre à mon premier commis. Il ira en voiture, et sera de retour en un instant.
Il descendit pour donner ses ordres, puis remonta sur-le-champ dans l'atelier. Il regarda encore ma statue, loua en particulier chacun des mérites qu'il croyait y découvrir, causa avec moi de l'art païen, de l'art gothique et de l'art moderne, et me promit sa puissante protection.
Il fut interrompu par l'arrivée de son valet, qui lui présenta une lettre cachetée, qu'il me remit immédiatement.
C'était bien M. Pavelyn qui avait écrit mon nom sur l'enveloppe. J'étais tremblant et pâle d'une curiosité inquiète en ouvrant la lettre.... Mais, dès que j'en eus parcouru les deux premières lignes, un voile descendit devant mes yeux; je poussai un cri déchirant; mes jambes se dérobèrent sous moi, et je m'affaissai au pied de ma statue.
Mon maître me prit dans ses bras; le valet qui avait apporté la lettre prit de l'eau dans un vase, et se disposait à mouiller mon front. Mais je n'étais pas tout à fait évanoui, et je fis signe qu'on me laissât respirer un peu. Je ne pouvais croire l'écrit qui gisait tout ouvert à mes pieds, et mon premier mouvement fut de le reprendre et d'y porter les yeux de nouveau. Je lus à voix haute les affreuses paroles qui m'avaient fait succomber à ma douleur et à mon épouvante:
«Venez, venez vite, Léon! hélas! elle marche d'un pas rapide vers la mort. Un seul espoir nous reste: votre présence peut encore, peut-être, lui sauver la vie. Venez! ma pauvre Rose vous appelle jour et nuit!»
Je n'en lus pas davantage. Avec un nouveau cri, j'arrachai ma blouse grise, et je saisis mes vêtements.
—Mais qu'avez-vous? que voulez-vous faire? s'écria mon maître, effrayé de la violence de mes mouvements.
—Partir, je dois partir! m'écriai-je. Elle meurt! elle m'appelle! Adieu!