—Elle meurt? Qui? demanda-t-on.
—Là-bas! elle! l'Espérance ... ma statue! hurlai-je comme un fou.
Mon maître se plaça devant la porte et me barra le passage.
—Pauvre garçon! dit-il; je ne puis vous laisser partir ainsi; votre cerveau est dérangé.
Je lui dis d'un ton suppliant et les mains jointes:
—Oh! non, non, vous vous trompez: je ne suis pas fou. Jugez, jugez vous-même! J'étais un pauvre enfant muet; un autre enfant, la fille de gens riches, m'a tiré de la misère, m'a instruit, et a fait de moi un artiste. Devenue femme, elle a aimé son protégé avec tant de passion, qu'elle paie de sa vie ce malheureux amour! Peut-être en ce moment est-elle étendue sur son lit de mort, elle m'appelle pour la sauver, pour lui fermer les yeux.... Et je ne volerais pas à son appel de détresse? Ah! je vous en prie, je vous en conjure, laissez-moi partir!
—Je comprends, répondit mon maître, les yeux mouillés de larmes; mais vous ne retournerez pas du moins à Anvers à pied; avez-vous de l'argent?
—De l'argent? balbutiai-je frappé de cette question. De l'argent? Dans ma chambre ... trop peu, peut-être.
Le généreux artiste tira quelques napoléons de sa poche, me les glissa dans la main et dit:
—Tenez, que Dieu vous protège pendant le voyage. Partez le plus vite possible; nous compterons après.