À peine vis-je la porte ouverte devant moi, que je me précipitai dans l'escalier en poussant un cri de joie, et je m'élançai dans la rue....

Deux heures après, j'étais dans la chaise de poste qui devait me ramener en Belgique.


XXX

Après un voyage rapide, quoique terriblement lent au gré de ma fiévreuse impatience, j'arrivai à Anvers dans l'après-midi. Je m'élançai hors de la chaise de poste avant qu'elle fût complètement arrêtée, et courus tout d'une haleine jusqu'à la maison de M. Pavelyn; mais là, j'appris par un domestique que, depuis une dizaine de jours, toute la famille s'était rendue au château de Bodeghem, dans l'espoir que l'air de la campagne fortifierait un peu la malade.

Sans perdre un instant, je courus chez un loueur de voitures et fis atteler deux bons chevaux à une légère calèche; je lui promis double salaire ... et, un quart d'heure après, nous brûlions le pavé de la grande route de Bodeghem avec la rapidité du vent.

Je fis arrêter la voiture devant la grille du château, je jetai une pièce d'or au cocher, et je sautai dans le jardin. À la porte du château, un domestique me salua avec un cri de joie: il me conduisit dans le vestibule en toute hâte, et, sans dire un mot, ouvrit la porte d'une chambre et s'écria:

—Voici M. Léon!

Trois ou quatre voix répondirent par un cri de joie à cette annonce. Je vis Rose se lever en sursaut de son fauteuil de malade tout chargé de coussins; je vis ma mère qui tenait une des mains de la pauvre malade; je vis M. et madame Pavelyn dont le visage s'illuminait de joie à mon apparition.... Mais Rose! hélas! comme la maladie l'avait changée! Ces joues creuses, ces yeux vitreux, ces lèvres bleues! Il était donc vrai que la mort avait marqué sa victime; je n'étais venu que pour la voir mourir!

À cette affreuse pensée, je fus frappé d'un désespoir immense; je sentis mes jambes se dérober sons moi; j'essayai de parler; mais on eût dit que j'étais redevenu muet.