Pour m'engager à en faire le récit circonstancié, elle prétendit qu'il n'y avait pas de meilleur moyen, pour guérir un malade, que de lui faire oublier sa maladie. Pendant que je parlais, elle m'interrompit souvent par de joyeuses observations et de fines reparties, et se montra si gaie, que je finis par croire que je m'étais effrayé à tort, et qu'il n'y avait aucune raison de désespérer d'une prompte guérison.

M. et madame Pavelyn écoutaient, les yeux brillants de bonheur; et il était visible qu'ils s'abandonnaient plus encore que moi à cette douce espérance.

Mon bienfaiteur prit part à la conversation; il fut extrêmement affectueux et me montra à différentes reprises que, malgré son chagrin, il n'avait cessé de m'aimer.

Comme j'étais arrivé à Bodeghem très-tard dans l'après-midi, le crépuscule du soir commençait déjà à obscurcir la clarté du jour, pendant que nous oubliions nos peines et nos inquiétudes dans une conversation pleine de charme et de consolation. Rose nous étonnait par sa vivacité, son courage et sa gaieté. Ses lèvres avaient repris leurs fraîches couleurs par la circulation d'un sang plus chaud; ses yeux brillaient de joie; il y avait dans ses paroles et dans ses gestes tant de liberté d'esprit et tant de force, qu'il ne restait plus en elle d'autres symptômes de maladie que l'extrême maigreur de ses joues et de ses membres.

En ce moment survint le docteur, qui venait faire sa visite habituelle. Lui aussi parut stupéfait du changement favorable qu'il remarqua sur la physionomie de Rose, et il secoua la tête en souriant.

Après m'avoir cordialement souhaité la bienvenue, comme à une vieille connaissance, il s'approcha de la malade et lui tâta le pouls pendant quelques minutes.

Puis il dit d'une voix qui trahissait une certaine inquiétude:

—Quelle agitation dans le sang! Cette force nouvelle est étonnante. Espérons; une réaction favorable va peut-être se déclarer; mais, si nous ne faisions pas cesser cette émotion trop vive, maintenant qu'il en est temps encore, elle pourrait devenir funeste. Mademoiselle Rose est très-fatiguée, quoiqu'elle n'en ait pas l'air. Il faut qu'elle prenne du repos. Ainsi, monsieur Léon, vous qui avez plus de force sur vous-même, quittez-la maintenant. Et vous, mademoiselle, remettez à demain le plaisir de causer avec lui. Alors vous serez probablement assez forte pour reprendre, sans vous fatiguer outre mesure, l'entretien que mon devoir m'oblige à faire cesser.

Nous avions tous la conviction que le docteur nous donnait un conseil très-sage; car, maintenant que notre attention était éveillée, nous ne pouvions méconnaître que Rose fût dans un état d'agitation extrême.

Ma mère prit pour prétexte que mon père, qui était allé dans un village voisin pour acheter du bois, serait probablement de retour à la maison, et que je ne pouvais lui laisser ignorer plus longtemps mon retour.