Nous rentrâmes dans la maison.
Je restai toute la journée au château à causer avec Rose et avec ses parents de toutes les choses qui pouvaient avoir quelque intérêt pour eux, et diminuer ou dissiper leurs craintes.
Deux fois encore le hasard me laissa seul avec Rose. Chaque fois, elle s'efforça d'affermir en mon coeur sa foi illimitée dans l'impuissance de la mort. Elle devait exercer sur moi une bien grande influence, car, lorsque le soir fut venu et que Rose, qui se sentait très-fatiguée, alla se reposer, je quittai le château le sourire aux lèvres, et ce sourire n'était autre chose qu'un défi triomphant que je jetais à la mort.
XXXII
Pendant quelques jours, Rose recouvra peu à peu plus de force et de gaieté, à mesure qu'elle réussissait, à force d'assauts répétés, à me communiquer son étrange amour de la mort.
Et, en effet, quoique je conservasse encore l'espoir de la voir guérir, l'idée qu'elle pouvait mourir ne m'épouvantait pas toujours. Il y avait même des moments où, de même que Rose, je ne considérais la mort que comme un événement qui, sans interrompre la vie, affranchit l'âme de ses liens matériels et la met en possession de la puissance infinie qu'elle doit à son essence divine.
Ainsi, si Rose devait quitter la terre, elle me verrait néanmoins, elle m'entendrait, elle connaîtrait les pensées de mon coeur, elle serait avec moi, et ne me quitterait pas jusqu'au moment où je pourrais à mon tour m'endormir de l'éternel sommeil du corps.
Qu'était-ce pour moi que quelques années d'attente, si ces années restaient éclairées par la lumière du souvenir? Si j'étais soutenu dans ce court exil par la certitude de sa présence? Et combien plus grande serait notre joie, là-haut dans le ciel, en nous réunissant pour l'éternité! De semblables pensées s'élevaient sans cesse dans mon esprit. Il est bien vrai que souvent la crainte de la mort me faisait frissonner; et que, lorsque j'étais seul, des larmes jaillissaient de mes yeux; mais ce n'était que la dernière lutte de ma nature terrestre contre la crainte innée de son anéantissement.
Enfin, sous l'influence des paroles exaltées de Rose, j'allai si loin dans cette manière d'envisager la mort et l'avenir, que je savais parler pendant des heures entières avec un calme parfait, et même avec une sorte d'heureuse quiétude, de choses qui font trembler les hommes et qui autrefois m'eussent fait défaillir d'épouvante et de douleur.