J'essayai de la tranquilliser en lui montrant la chasteté et la pureté de notre amour. Je lui prouvai avec une conviction complète qu'un pareil sentiment, dégagé de tous les désirs terrestres, ne pouvait pas être coupable, et que, si réellement nous n'avions pas lutté jusqu'au bout contre le voeu de notre coeur, Dieu, dans sa souveraine justice, ne ferait pas un crime à de pauvres créatures de leur faiblesse.
Sans me répondre, elle reprit le fil de ses pensées.
—Il y a autre chose qui m'inquiète: vous m'avez promis, Léon, de ne jamais cesser de penser à moi après ma mort;—mais, si les nécessités matérielles de la vie vous forcent à travailler, si vous devez chercher loin d'ici vos moyens d'existence, que notre humble Bodeghem ne peut pas vous offrir, comment pourrez-vous rester fidèle à mon souvenir? comment veillerez-vous sur ma tombe? Et mon âme, du haut du ciel, ne vous verra-t-elle pas errer sur la terre avec un coeur refroidi, d'où les soins de la vie auront effacé le souvenir?
Il n'était pas facile de trouver des paroles persuasives pour combattre victorieusement ces doutes.
Je renouvelai ma promesse, et lui jurai que chaque battement de mon coeur raviverait en moi son souvenir et l'espoir d'être bientôt réuni à elle dans le sein de Dieu.
Elle parut sortir d'un rêve, et s'écria:
—Léon, avant de mourir, je voudrais être votre femme....
Ces mots me firent frissonner et pâlir. Était-ce la surprise, la crainte ou la joie?
Je ne sais, mais j'étais extrêmement ému, et je m'écriai en levant les bras au ciel:
—Dieu! Rose, que dites-vous? Ma femme, vous! sur la terre?...