C'était la voix de Rose, la même voix qui me parlait toujours dans mes rêves. Aussi, je ne m'empressais pas de tourner la tête, car je croyais à une nouvelle illusion de mes sens.
Je fus saisi d'un tremblement violent. Je vis Rose, Rose elle-même, qui, entre un beau monsieur et une belle dame, et suivie d'une bonne, sortait du jardin da château et entrait dans l'avenue.
Elle tirait le monsieur par la main pour courir vers moi; mais le monsieur, qui était son père, la retint jusqu'au moment où elle ne fut plus qu'à quatre ou cinq pas de moi; alors il ne put contenir plus longtemps l'impatience de sa fille.—Elle bondit en avant, et saisit ma main tremblante; j'étais blême, et je voyais déjà avec inquiétude sortir de ses lèvres la question; si redoutée.
En effet, ses premiers mots furent:
—Eh bien, Léon, savez-vous parler?
Je laissai tomber ma tête sur ma poitrine, et mes larmes silencieuses lui apprirent que j'étais muet comme auparavant.
—Pauvre Léon! dit l'excellente enfant. Il ne faut pas pleurer pour cela.... Prenez courage; l'année dernière, vous avez su prononcer mon nom. Vous apprendrez à parler petit à petit.
Dans l'intervalle, ses parents s'étaient rapprochés de nous. Son père mit sa main sur ma tête et me força, par un doux mouvement, à lever les yeux vers lui. Il dit avec un accent plein de bienveillance:
—C'est donc là le petit garçon du sabotier qui t'a donné le petit curé et le petit garde champêtre? De beaux yeux, des cheveux superbes: c'est un joli enfant.—Et tu ne sais point parler du tout? me demanda-t-il. Un garçon adroit et leste comme toi serait muet et resterait muet? Ce serait certainement un grand malheur.... Et pourquoi pleures-tu, petit? Quelqu'un t'a-t-il fait du mal?
—Non, mon père, il pleure, parce qu'il ne sait pas parler, dit la petite demoiselle en soupirant.