—Eh bien, puisqu'il entend et qu'il a pu prononcer ton nom, il ne doit pas lui être impossible d'apprendre à parler. Si l'on voulait se donner un peu de peine.... Mais ces enfants de paysans, on les laisse courir à l'abandon, et, par eux-mêmes, ils n'apprécient pas la valeur de la parole.

En entendant ces mots, je ne pus me retenir davantage; l'accusation qu'ils contenaient me blessa cruellement. J'essayai, par toutes sortes de gestes et de cris inarticulés, de démontrer au père de Rose que la bonne volonté ne m'avait pas manqué, et que, pendant des mois, j'avais fait vraiment tous mes efforts pour répéter encore une fois le nom de sa fille.

Il me regarda avec étonnement, mais avec une bienveillance évidente; mes yeux étincelaient; mes mouvements étaient pleins d'énergie, et j'expliquai, par des signes intelligibles, que je me laisserais volontiers couper le bras gauche en échange du don de la parole. Il me prit les mains, comprima mes gestes et m'obligea à me tenir tranquille; puis je l'entendis qui disait à la dame:

—Malheureux petit garçon, n'est-ce pas? C'est un bel enfant, et bien intéressant! Et la femme Wolvenaer prétend qu'il y a quelque chose de dérangé dans sa cervelle? Non, non, elle se trompe assurément. Cet enfant n'est pas idiot du tout; au contraire, il a l'esprit net et éveillé.

Le regard que mes yeux lancèrent au père de Rose rayonnait sans doute d'une reconnaissance bien sincère, car je remarquai que le compatissant monsieur en fut profondément touché.

Je me sentais tout à fait consolé, et plein d'un nouveau courage, et je me disposais à exprimer ma gratitude par de nouveaux signes; mais Rose avait repris ma main et me demanda si j'avais taillé des statuettes pour elle.

Je comptai rapidement sur mes doigts, j'ouvris les bras tout grands et je tournai ma clef sous ses yeux, pour lui faire comprendre que j'en avais sculpté beaucoup, tout un tas, et qu'elles étaient à la maison enfermées dans une armoire.

Rose, en proie à une vive curiosité, pria instamment ses parents de se hâter, pour qu'elle pût voir plus tôt les petites figures.

Ses parents cédèrent à son désir; quelques instants après, M. Pavelyn entrait avec sa famille dans notre humble demeure.

Sans faire attention aux saluts et aux cérémonies de mes parents, je m'élançai vers la commode; je tirai le tiroir qui renfermait mon travail de six mois, et je me mis à étaler toutes mes figurines sur notre grande table.