—Mais, Rose, objecta le père, pourquoi dépouiller ce pauvre enfant de tous ses joujoux?

Je courus à la muraille pour prendre un panier en osier, j'y rassemblai mes figurines et je le tendis à Rose. Elle hésitait à accepter mon cadeau et regardait son père d'un air interrogateur. Je prévoyais un refus et je frémissais de crainte; mais je joignis les mains devant M. et madame Pavelyn d'un air si suppliant, et dans mes yeux brillants se lisait une prière si ardente, qu'ils appelèrent leur bonne, qui était restée près de la porte, et lui remirent le panier qui contenait mes oeuvres. Je levai les bras au ciel en signe de joie et je poussai un cri de triomphe.

Notre propriétaire s'entretint encore un instant de Rose et de moi avec mes parents. Ce que je pus saisir de leurs paroles dites à voix basse, c'est que leur fille était d'une santé délicate et que l'air des champs lui ferait du bien.

Ils exprimaient aussi la satisfaction qu'ils éprouvaient à voir Rose, qui ordinairement montrait si peu d'ardeur au jeu, s'amuser de si bon coeur et avec tant d'animation.

Après cette conversation, M. Pavelyn me prit la main et me dit d'un ton fort aimable:

—Nous devons partir maintenant, Léon; mais viens demain au château, vers une heure; Rose te fera aussi un cadeau en échange de tes petites figures. C'est une chose que nous avons apportée de la ville pour toi. Tu dîneras avec nous, et tu pourras jouer et courir avec Rose dans le beau jardin. Adieu, mon bon petit garçon.

—Léon, Léon, s'écria la petite fille en sortant, à demain, à demain! Oh! comme nous nous amuserons!

Je tombai tout tremblant sur une chaise.—Quoi! je dînerais au château, à la même table que Rose! Ses parents me témoignaient autant d'amitié et de compassion qu'elle-même! Moi, le muet, j'étais donc choisi et préféré entre mes frères et soeurs?—Demain! demain!


V