Autour du jardin s'élevaient de grands arbres, serrés comme une forêt impénétrable; au pied de ces grands arbres, les lilas croissaient en si grande abondance, que leurs fleurs empourprées, entouraient tout le jardin comme une immense guirlande et parfumaient l'air de l'odeur la plus délicieuse.—Partout où je promenais mes regards, le long des sentiers et dans les massifs, je voyais des fleurs ou des plantes qui m'étaient totalement inconnues, et qui m'étonnaient par leurs formes bizarres et leurs brillantes couleurs.

La solitude complète et le silence solennel qui y régnait me firent peur. Je ne m'approchai du château que pas à pas. Mon coeur battait dans ma poitrine, et assurément je n'eusse pas osé aller plus loin; mais une porte s'ouvrit tout à coup, et Rose accourut toute joyeuse à ma rencontre. Elle me prit par la main, m'entraîna vers le bâtiment et dit en me grondant:

—Pourquoi restes-tu si longtemps? Ce n'est pas bien à toi, Léon. Nous avons déjà commencé à dîner. Mon père pourrait être fâché.

Elle lut sur mon visage que ces paroles me faisaient peur.

—Allons, allons! s'écria-t-elle, c'est pour rire que je dis cela. Il ne faut pas avoir peur; sois gai. Ah! comme nous allons tout à l'heure jouer et courir dans le beau jardin, n'est-ce pas? Quel dommage que tu ne saches point parler! Mais, c'est égal, je te comprends bien.

Ma bienfaitrice me conduisit dans le bâtiment et me fit traverser un long vestibule. Me souvenant des leçons de ma mère, j'essuyais mes pieds à tous les paillassons que je rencontrais sur mon passage, si bien que Rose s'écriait en plaisantant:

—Mais, Léon, qu'as-tu donc aux pieds? Finis donc, c'est assez.

Au bout du vestibule se tenait un homme dont les habits étaient galonnés d'argent. J'ôtai ma casquette et je le saluai avec un respect craintif; mais lui, sans dire mot, ouvrit un des battants de la porte devant laquelle il se tenait.

Je vis une grande salle dont les murs étincelaient de baguettes d'or. Les parents de Rose étaient assis autour d'une table. Je restai debout sur le seuil de la porte, ma casquette à la main, entendant à peine les paroles de bienvenue que m'adressaient M. et madame Pavelyn.

Rose me conduisit à une chaise, près de la table, et m'obligea à m'y asseoir. La tête me tournait; je tenais les yeux baissés, confus et tremblant.