Je tenais dans ma main le précieux cadeau de Rose; je fermais et j'ouvrais alternativement les petits couteaux, la lime et la petite scie, et déjà je m'en servais en imagination. Quelle richesse! Des outils de toute espèce! tout un atelier! Comme désormais je pourrais tailler des figures du matin au soir, pour elle, ma douce protectrice! et comme je travaillerais mieux et plus facilement avec ces instruments choisis et donnés par elle!
J'étais tellement agité par la joie et par l'admiration, que je n'entendis pas ce que M. Pavelyn me disait:
—Allons, mon garçon, reprit-il en élevant la voix, rends le beau couteau à Rose pour qu'elle le mette de côté jusqu'au moment où tu retourneras à la maison, sinon, il te ferait oublier de jouer. Allez ensemble au jardin maintenant, courez et sautez tant que vous pourrez. Le temps est doux et sain; nous prendrons le café dehors, en plein air, et nous verrons de loin si vous vous amusez comme il faut.
Je sortis de la salle avec Rose. Chemin faisant, elle prit deux petits filets de soie verte, qui étaient pendus à côté de l'escalier; elle m'en donna un, et m'expliqua que nous allions à la chasse aux papillons.
Dès que je me vis sous le ciel bleu, en pleine liberté et tout seul avec Rose, la timidité, qui pesait sur mon coeur comme un plomb, disparut, et je respirai à longs traits.
Rose me dit que, le matin, elle avait couru près de deux heures après les papillons sans pouvoir en attraper un seul; mais que, moi qui étais fort et leste, j'en prendrais bien quelques-uns pour elle.
A peine eut-elle dit ces mots, que nous vîmes deux papillons blancs sortir du bosquet de seringats et voltiger sur la pelouse. Je poussai un cri, et nous nous précipitâmes tous deux sur cette première proie de nos désirs.
Tout en dansant, en riant et en sautant, nous poursuivions les papillons; mais, soit que je ne fusse pas encore assez habile à manier le filet, soit que les petites bêtes épouvantées eussent l'adresse de nous éviter, il y avait plus d'un quart d'heure que nous courrions sans le moindre succès. La sueur mouillait nos fronts, nos joues brûlaient de plaisir et d'ardeur.
M. et madame Pavelyn, assis devant le château sur une terrasse, prenaient part à notre joie et battaient des mains chaque fois que Rose, par un bond léger, trahissait la force et le plaisir de vivre.
Enfin j'attrapai un des papillons blancs dans mon filet. Ce fut une joie et une réjouissance, comme si nous eussions trouvé un trésor. Rose courut vers ses parents, qui riaient de bon coeur de son émotion. On alla chercher une boîte, et le papillon fut piqué dedans.