M. Pavelyn dit qu'il était très-content, et que je pourrais venir jouer souvent si Rose continuait à s'amuser de si bon coeur; mais la jeune fille n'eut pas la patience d'attendre que son père eût fini de parler. Elle m'entraîna vers la pelouse en s'écriant:

—Vois, là-bas! deux papillons, trois papillons, quatre papillons! Vite! vite!

Je pris encore quelques-unes de ces pauvres petites bêtes. Chaque fois, nous les apportions à M. Pavelyn, qui feignait de partager notre joie triomphante, et qui tenait la boîte prête.

Enfin Rose parvint aussi à en prendre un, qui ouvrait et fermait ses ailes au soleil sur le tronc d'un arbre. C'était un papillon d'un rouge foncé avec des taches d'argent et d'azur.

Il est impossible de peindre la joie de Rose. Comme une biche échappée, elle traversa la pelouse et vola vers ses parents avec tant de rapidité, que je ne pouvais presque pas la suivre. Elle avait pris elle-même la resplendissante petite bête; il lui semblait que désormais aucun papillon ne pourrait lui échapper. Et, un instant après, elle courait de nouveau avec passion.

Nous continuâmes pendant longtemps cette amusante chasse. M. et madame Pavelyn étaient rentrés après avoir pris le café.

Pendant que je bondissais, le filet en l'air, devant le bosquet de seringats, Rose en poursuivant un papillon dans une direction opposée, s'était éloignée de moi.

Tout à coup j'entends un violent craquement.... Je tourne les yeux vers l'endroit d'où ce bruit étrange était parti! Ciel! quel horrible tableau! j'aperçois Rose qui tombe par-dessus l'appui brisé du pont et qui s'enfonce dans l'eau en poussant un cri de détresse!—Ma langue se déchire; le sang jaillit hors de ma bouche; je crie avec toute la force qu'un muet peut donner à ses cris; mais ce sont des paroles qui sortent de mon gosier, des paroles claires et distinctes:

—Rose, Rose! du secours, du secours! Dieu, Dieu!...

Mon exclamation perçante retentit à travers le jardin, jusque dans les appartements du château.